L'ONG a recensé 74 cas présumés de tortures. La junte au pouvoir dément tout recours à ces pratiques.

Deux représentants de l'organisation de défense des droits de l'homme devaient présenter ce mercredi 28 septembre 2016 à Bangkok, un rapport passant en revue 74 cas présumés de tortures par la police ou l'armée.

Mais "les autorités nous ont prévenus que si des représentants d'Amnesty International prenaient la parole, ce serait une violation du code du travail", a expliqué à l'AFP Omar Waraich, porte-parole d'AI qui avait fait le déplacement dans la capitale thaïlandaise.

Des représentants de la police et du ministère du Travail se sont déplacés jusqu'à l'hôtel où la conférence devait être organisée, juste avant qu'elle ne débute, pour exprimer oralement cette menace, a expliqué Amnesty International.

La junte militaire au pouvoir depuis un coup d'Etat en mai 2014 a assuré à l'AFP ne pas être à l'origine de l'affaire. Elle a aussi fermement démenti tout recours à la torture: "les informations qu'ils ont sur des tortures doivent dater d'il y a dix ou vingt ans", a assuré Winthai Suvaree, porte-parole de la junte.

Amnesty International affirme quant à elle avoir écrit ce rapport sur la base de six missions réalisées depuis le coup d'Etat, à travers tout le pays. Le rapport évoque des affaires datant du début des années 2000, mais aussi nombre de cas datant d'après le coup d'Etat.

Ce rapport, intitulé “Make Him Speak by Tomorrow”: Torture and Other Ill-Treatment in Thailand, fournit des informations sur 74 affaires de torture et d’autres formes de mauvais traitements aux mains de soldats et de policiers, et notamment de cas de passage à tabac, d’asphyxie au moyen de sacs en plastique, de strangulation manuelle ou avec une corde, de simulacre de noyade, de décharges électriques sur les parties génitales et d’autres formes d’humiliation.

« La Thaïlande peut bien affirmer sévir contre la torture, les actes en disent plus long que les paroles. Enhardis par des lois qu’ils ont conçues, les dirigeants militaires thaïlandais ont permis à une culture de la torture de proliférer, sans que les auteurs ne soient tenus de rendre des comptes et sans que les victimes ne puissent obtenir justice », a déclaré Rafendi Djamin, directeur pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International.

Plusieurs conférences interdites

Ce n'est pas le premier débat "empêché", sous divers motifs, en Thaïlande. De précédentes présentations de rapports, notamment d'ONG dénonçant les détentions abusives depuis le coup d'Etat, ont également été interdites.

Les manifestations à caractère politique restent interdites et de nombreux opposants ont été soumis à des détentions secrètes de plusieurs jours. Plusieurs risquent des peines de prison ferme pour rassemblements illégaux.

Trois militants des droits de l'Homme sont poursuivis pour "diffamation" par l'armée, pour un rapport sur le recours des militaires à la torture dans l'extrême sud de la Thaïlande, en proie à une insurrection séparatiste musulmane.

Depuis plus de 50 ans, Amnesty International ne cesse de dénoncer les gouvernements qui pratiquent la torture et aide les victimes à obtenir justice et réparations. Depuis 2014, Amnesty International mène à nouveau une campagne pour que les Etats respectent la Convention en adoptant des garanties contraignantes pour protéger les victimes.

TV5 Monde avec Agence France Presse - 28 Septembre 2016