Des milliers d’habitants terrifiés tentaient par tous les moyens de fuir, vendredi 14 octobre, les violences dans l’Etat de Rakhine, une région reculée de l’ouest de la Birmanie en proie à de vives tensions entre bouddhistes et musulmans.

L’attaque de plusieurs postes de police à la frontière avec le Bangladesh, le week-end dernier, a mis le feu aux poudres dans cette zone où vivent des dizaines de milliers de membres de la minorité musulmane persécutée des Rohingya.

Des dizaines de familles ont fui la ville de Maungdaw, épicentre des violences, emportant avec eux leurs biens entassés dans des sacs et des bassines, ou accrochés sur des rickshaws. Environ 180 habitants de la ville, des enseignants notamment, ont même été évacués par hélicoptère, alors que des centaines de fonctionnaires sont arrivés à Sittwe, la capitale de l’Etat.

Plus de 100 000 Rohingya entassés dans des camps

Des dizaines de personnes ont, elles, péri dans une riposte militaire d’envergure qui fait craindre une répétition des violences interconfessionnelles de 2012 qui avaient fait plus de 100 morts et des dizaines de milliers de déplacés. Un journaliste de l’Agence France-Presse à Maungdaw a vu jeudi des colonnes de fumée émanant d’un village dont des dizaines de maisons de bambou étaient carbonisées.

Les autorités sont peu disertes sur l’origine des attaques dans lesquelles neuf policiers sont morts. Certains responsables ont publiquement accusé des militants rohingyas, tout en les imputant en privé à des groupes armés venus du Bangladesh voisin.

Jeudi soir, l’armée a affirmé avoir interpellé un homme en possession d’une arme, de munitions et de drapeaux arborant le logo du RSO, un mouvement rohingya fondé dans les années 1980. Des représentants de cette mouvance ont aussitôt démenti toute responsabilité dans ces attaques.

Depuis les émeutes de 2012, plus de 100 000 Rohingya s’entassent toujours dans des camps de réfugiés. Considérés comme des immigrés illégaux par beaucoup de bouddhistes, majoritaires en Birmanie, ils n’ont pas accès aux soins, au marché du travail, à l’école pour les enfants, et n’ont pas de liberté de déplacement.

Le Monde avec Agence France Presse - 14 octobre 2016