D'après le gouvernement birman, des centaines de musulmans, membres de la communauté rohingyas, entraînés par des talibans, seraient responsables des attaques contre les postes de police début octobre, point de départ de la répression menée par l'armée. Depuis la zone est bouclée : l'armée mène des raids, l'aide alimentaire qui approvisionnait des dizaines de milliers d'habitants est bloquée et aucun journaliste ne peut se rendre sur place. Les ONG estiment que plus de 15.000 personnes ont été déplacées depuis la prise de contrôle par l'armée d'une zone à la frontière avec le Bangladesh dans le nord de l'Etat Rakhine.

Dans un communiqué publié hier soir, l'ONU a exhorté "le gouvernement à mener des enquêtes appropriées et approfondies sur les violations". "Les autorités ne peuvent pas justifier le meurtre de suspects en évoquant simplement la gravité des crimes", a déclaré le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard, citée dans le communiqué. "Les rapports faisant état de maisons et de mosquées brûlées, de personnes avec un certain profil rassemblées et tuées sont alarmants et inacceptables", a-t-elle ajouté.

D'après l'armée, 31 personnes auraient été tuées depuis début octobre. Mais Chris Lewa, du groupe de défense du Projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas, estime que le nombre de victimes est bien plus élevé. Au cours des deux derniers jours, les autorités frontalières ont poussé des milliers de Rohingyas, minorité musulmane, à fuir leurs maisons. "Nous sommes installés dans un autre village", a expliqué à l'AFP Maung Ni, commerçant Rohingya du village de Kyikanpyin. "Nous ne savons pas quoi faire. Des soldats sont toujours stationnés dans notre village", a-t-il ajouté.

Ces violences font craindre une répétition des affrontements interconfessionnels de 2012 entre bouddhistes et musulmans, qui avaient fait plus de 200 morts et des dizaines de milliers de déplacés. Cette instabilité constitue un défi pour Aung San Suu Kyi et son gouvernement, premier exécutif civil en Birmanie depuis des décennies. Pressée par la communauté internationale d'améliorer le sort des Rohingyas, elle a promis que les attaques des postes de police feraient l'objet d'une enquête indépendante.

Le Figaro avec Agence France Presse - 25 Octobre 2016