À l’occasion d’un déplacement en Italie, le président de la République socialiste du Vietnam, Trân Dai Quang, est attendu mercredi 23 novembre au Vatican, où il doit rencontrer à 17 heures le pape François. Une visite « à l’invitation » du pape, a précisé la semaine dernière un communiqué du ministère vietnamien des affaires étrangères.

Ce n’est pas la première fois qu’un chef d’État vietnamien se rend au Vatican : le 11 décembre 2009, Nguyên Minh Triêt, prédécesseur de l’actuel président, avait ainsi déjà rencontré Benoît XVI. « Certes, le président de la République n’a qu’une fonction honorifique, la réalité du pouvoir étant détenue, pour le parti, par le secrétaire général et, pour l’appareil d’État, par le premier ministre, relève un observateur. Mais ceux-ci ne cessent de défiler au Vatican depuis quelques années. »

Détente entre Rome et Hanoï

Outre le président en 2009, le premier ministre Nguyên Tân Dung est ainsi venu en 2007, puis le secrétaire général du parti Nguyên Phu Trong au début de l’année 2013 ; en mars 2014, le président de l’Assemblée nationale Nguyên Sinh Hung rencontrait lui aussi le pape François, rappelle l’agence Églises d’Asie.

Depuis 2009 et l’établissement d’un « groupe mixte de travail Vietnam-Vatican », les relations entre Rome et Hanoï se sont en effet singulièrement détendues, marquées par la nomination, en 2011, d’un « représentant non-résident » du Saint-Siège au Vietnam, l’actuel nonce apostolique à Singapour, Mgr Leopoldo Girelli. « Il a visité tous les diocèses du Vietnam où il va très souvent. Il dispose même d’un appartement à Saigon : il est presque plus souvent au Vietnam qu’à Singapour ! », note notre observateur.

Possible établissement de relations diplomatiques

La nomination de Mgr Girelli n’a pas freiné le rythme du groupe mixte de travail Vietnam-Vatican. Celui-ci s’est encore retrouvé du 24 au 26 octobre dernier au Vatican, continuant à œuvrer sur sa mission première : l’établissement de relations diplomatiques formelles entre Rome et Hanoï.

Celles-ci pourraient d’ailleurs être annoncées mercredi 23 novembre à l’occasion de la rencontre entre le pape François et le président Trân Dai Quang. « Depuis quelques années, le Vietnam cherche à sortir d’une relation un peu étouffante avec le grand voisin chinois, explique un observateur de la région. D’où son rapprochement spectaculaire avec les États-Unis mais aussi avec le Saint-Siège. »

Tensions vives avec l’Église

Les relations ne vont toutefois pas sans frottement avec l’Église catholique locale qui, forte de 7 millions de fidèles, est la seule institution à exister hors du cadre du parti communiste vietnamien. Les tensions sont parfois vives tant au plan local que national.

Récemment, la Conférence des évêques vietnamiens s’est ainsi fortement opposée, mais sans succès, au projet de « loi sur les croyances et la religion », adopté la semaine dernière par l’Assemblée nationale et que l’épiscopat avait jugé « peu conforme » à la démocratie, craignant une mainmise plus forte de l’État sur les religions. « Plusieurs fois, le gouvernement a pu utiliser le Saint-Siège pour modérer les ardeurs de certains évêques », note d’ailleurs un observateur.

Un message pour Pékin

Ancien général de police ayant gravi tous les échelons du ministère de la sécurité publique, puis ministre de l’intérieur à partir de 2011, l’actuel président Trân Dai Quang s’est d’ailleurs fait remarquer par la rigueur avec laquelle il a agi contre les dissidents du régime.

Vu de Rome, l’établissement de relations diplomatiques avec Hanoï constituerait aussi un message à destination de la Chine, soulignant la capacité du Saint-Siège à établir des rapports de bonne volonté avec un régime communiste.

« Si la Chine et le Vietnam sont effectivement des rivaux politiques, les deux partis communistes sont aussi des “partis frères” qui observent de près leurs politiques religieuses respectives, souligne notre observateur. Au point qu’on peut se demander dans quelle mesure Hanoï peut établir des relations diplomatiques avec Rome avant que Pékin ne l’accepte… »

Par Nicolas Senèze - La Croix avec Agence Eglise d'Asie - 23 Novembre 2016