Ils se sont rencontrés lors d'un bivouac dans la jungle. Samuel Maruta et Vincent Mourou, deux Français, qui venaient de quitter leurs carrières respectives, l'un comme cadre à la Société générale, l'autre dans la publicité aux États-Unis, en plein burn out, tous les deux en quête d'une nouvelle vie.

« Étudiant, j'avais passé trois mois au Vietnam et j'avais adoré, témoigne Samuel. A la fin d'une mission en 2010, j'ai décidé d'y rester avec ma famille. J'ai appris le vietnamien et je me suis mis à la recherche d'un nouveau projet avec du sens. Nous voulions créer "une boite" mais pas une boite de service, plutôt quelque chose en rapport avec la production. » Les deux hommes se lancent un peu par hasard dans... le cacao : « On a d'abord essayé avec deux kilos de fèves dans un four à gaz, se souvient Vincent. On les a torréfiées, mixées, ajouté du sucre de canne et du beurre de cacao. On a goûté et on a su immédiatement qu'on tenait un truc. L'arôme était exceptionnel ! ».

Les deux Français cassent leur tirelire, font le tour de leur parents et amis et investissent 200.000 euros dans l'aventure. A écouter Samuel, le marketing est ici facile, presque évident : « Il suffit de raconter notre histoire. Notre valeur ajoutée : la sélection, la proximité, l’emballage à la fois artisanal et artistique. » Les deux complices se sont toutefois adjoints le savoir-faire d’un vrai chocolatier qui a les rejoints, de France, à l'été 2011.

Enorme succès commercial

Cinq ans plus tard, les chocolats Marou (les premières syllabes de leurs deux noms) sont un énorme succès. Les deux hommes passent leur temps à traverser le pays pour dénicher les meilleurs crus de cacao, essentiellement auprès de petits producteurs dans le delta du Mékong. Ils en achètent aujourd'hui 1,5 tonne chaque mois et produisent 40.000 tablettes par an, dont 70 % sont vendues à l'étranger (Japon, USA, Europe). A 6 euros pièce, c'est un produit de luxe, du chocolat grand cru et haut de gamme.

« L'approche est artisanale, pure et dure, explique Samuel. Notre chance, c'est d'avoir une matière première exceptionnelle. On achète les fèves comme un chef fait son marché, quelques sacs par semaine dans de petites plantations familiales. » Avant leur arrivée, le cacao vietnamien était exporté en vrac et transformé à l'étranger. Consécration, les chocolats Marou ont été désignés meilleurs du monde par le très reconnu New York Times. Le duo vient d'ouvrir sa première boutique en ville, baptisée « Maison Marou » : « Dans ce concept store, nous exposons au public les machines utilisées dans la fabrication du chocolat, détaille Vincent. Par ailleurs, les pâtisseries faites à base de chocolat seront également proposées à la vente. L'idée est de capitaliser sur la reconnaissance acquise par notre savoir-faire auprès des personnes qui habitent à Saigon, qui nous font confiance et aiment nos produits. » La chocolaterie des Français a aussi raflé tous les prix de l'« Academy of Chocolate » à Londres en 2013. Vous reprendrez bien quelques carrés ?

Par Emmanuel Langlois - Studyrama.com - 2 décembre 2016