Alors que plus de 150.000 personnes bénéficiaient d'une aide humanitaire dans la région avant la dernière flambée de violence, seules 20.000 ont pu en obtenir depuis le 9 octobre, date à laquelle neuf policiers ont été tués dans des attaques imputées par les autorités à des militants islamistes.

Dans une lettre, des diplomates de pays comme la France, les Etats-Unis, l'Espagne, la Turquie ou les Pays-Bas s'inquiètent de voir que des livraisons d'aide humanitaire, pourtant approuvées en haut lieu à Naypyitaw, la capitale birmane, sont retardées localement par les responsables de l'Etat de Rakhine.

"Nous sommes préoccupés par ces retards et exhortons toutes les autorités birmanes à lever les obstacles qui ont jusqu'ici empêché une pleine reprise de l'aide", écrivent-ils.

Les bouddhistes et les musulmans de la communauté Rohingya vivent séparément dans l'Etat de Rakhine depuis des affrontements qui ont fait plus de 100 morts en 2012. Près de 22.000 musulmans Rohingya ont fui vers le Bangladesh depuis le 1er novembre, selon le dernier point effectué par les Nations unies. Trente mille autres personnes auraient été déplacées par les combats, qui ont fait au moins 86 morts.

Aung San Suu Kyi, qui dirige depuis huit mois le gouvernement birman, se défend des accusations d'inaction dont elle fait l'objet vis-à-vis de la situation des Rohingya.

Par Antoni Slodkowski - Reuters - 9 décembre 2016


Violences contre les Rohingyas en Birmanie : l’ONU appelle Suu Kyi à intervenir

L’armée est accusée d’atrocités contre la minorité musulmane. Mais l’ex-dissidente rejette les accusations et demande à la communauté internationale de cesser de nourrir les « feux du ressentiment ».

Les Nations unies ont appelé jeudi 8 décembre la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi à se rendre dans le nord-ouest du pays, où l’armée est accusée d’atrocités contre la minorité musulmane rohingya.

« J’invite Aung San Suu Kyi à réfléchir à la situation, à écouter sa “voix intérieure” et à parler directement au peuple birman pour leur demander de s’élever au-dessus de leur appartenance ethnique, religieuse », a déclaré Vijay Nambiar, le conseiller spécial de l’ONU pour la Birmanie, dans un communiqué.

Ce dernier qui s’est redit « très inquiet de la situation » dans l’Etat de Rakhine (nord-ouest). Il a demandé l’accès de la zone pour les organisations humanitaires. « Le refus des autorités birmanes de prendre une position ferme contre les extrémistes et l’adoption d’une approche généralement défensive plutôt que préventive pour assurer la sécurité de la population locale ont provoqué la frustration locale et la déception à l’échelle internationale », estime-t-il également.

Aung San Suu Kyi a redit, dans une récente interview, que la situation était « sous contrôle » et a demandé à la communauté internationale de cesser de nourrir les « feux du ressentiment ». Le parti de l’ancienne dissidente, prix Nobel de la paix 1991, a remporté les législatives de novembre 2015. Mme Suu Kyi cumule des pouvoirs importants, tels le poste de ministre des affaires étrangères et celui de « conseiller d’Etat », titre qui fait d’elle un quasi-premier ministre.

« Nettoyage ethnique »

Après l’attaque début octobre de postes de police par des groupes d’hommes présentés par les autorités comme des « terroristes », l’arme birmane a lancé une grande opération militaire, qualifiée de campagne de « nettoyage ethnique » par un représentant de l’ONU au Bangladesh. Les troubles ont poussé 20 000 Rohingyas à fuir dans ce pays voisin. Ces réfugiés ont livré des récits des atrocités commises par l’armée : viols en réunion, tortures, meurtres et massacres.

Dimanche devant une foule de 5 000 personnes, le premier ministre malaisien Najib Razak avait déclaré que le gouvernement d’Aung San Suu Kyi devait mettre un terme au « génocide » des Rohingyas et dénoncé la passivité de la communauté internationale. « A quoi sert son prix Nobel à Aung San Suu Kyi ? », avait interrogé le chef du gouvernement malaisien.

Les Rohingyas sont apatrides, considérés comme des étrangers en Birmanie, bien que certains de ses membres y vivent depuis des générations. Leur citoyenneté n’est pas reconnue par ce pays à 95 % bouddhiste. Ils vivent marginalisés, dans des conditions misérables. Une montée de nationalisme bouddhiste en Birmanie ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

Le Monde avec Agence France Presse - 9 décembre 2016