Jean Wauthier, Louis Leroy, Michel Coquelet... Ces trois prêtres, membres des Oblats de Marie Immaculée (OMI), photographiés tout sourire en 1960, à Nam Lieng (Laos), au côté de leur vicaire apostolique, Mgr Loosdregt, subiront le martyre peu de temps après. Un an plus tard pour les deux derniers, tandis que Jean Wauthier sera exécuté en 1967. Avec leurs frères laotiens, ils sont désormais déclarés bienheureux par l'Église.

En présence de l’envoyé du pape, le cardinal philippin Orlando Quevedo, l’Église du Laos a béatifié 17 martyrs, laotiens ou missionnaires européens. On compte parmi eux cinq prêtres des Missions étrangères de Paris (MEP), six prêtres des OMI, cinq laïcs ou catéchistes laotiens et un prêtre diocésain laotien. Ces nouveaux bienheureux ont été exécutés ou sont morts d’épuisement entre 1954 et 1970, dans un contexte politique troublé.

Il s’agit d’un événement assez exceptionnel pour l’Église du Laos, mais aussi pour l’Église universelle. « Jusqu’à aujourd’hui, pour ce qui regarde l’Asie, l’Église universelle a toujours pris soin de porter sur les autels des martyrs dont la mort remontait à une époque assez ancienne », souligne l’agence Églises d’Asie (tenue par les Missions étrangères de Paris – MEP), citant les martyrs de Corée, du Japon, du Vietnam ou encore de la Chine (persécutés entre la fin du XVIe et du XIXe siècle).

Or, l’évangélisation du Laos est récente. Elle fut principalement l’œuvre de prêtres des MEP à la fin du XIXe siècle, suivis par les Oblats de Marie Immaculée (OMI) dans les années 1930. « La guérilla voulait éliminer tout ce qui était étranger et chrétien, expliquait à l’agence Églises d’Asie en 2010 le père Serge Leray, chancelier du diocèse de Nantes et promoteur de justice du procès en béatification. Les missionnaires ont choisi de rester sur place, comme le Saint-Siège le leur demandait, malgré les lourdes menaces qui pesaient sur eux. »

Quand l'Église se fait discrète

« C’est d’abord un événement pour l’Église du Laos », insiste frère Bertrand Evelin, membre des OMI. Et si le dossier de canonisation a été ouvert dans le diocèse de Nantes en 2004, c’était à la demande de la Conférence des évêques du Laos, qui n’avaient pas les moyens de mener une telle enquête. « L’Église parle en effet du "martyre de Joseph Thao Tiên et ses compagnons tués en haine de la foi au Laos" ». Joseph Thao Tiên est un jeune prêtre laotien, ordonné en 1949. Cinq ans plus tard, le 2 juin 1954, refusant d’abandonner le sacerdoce, il est condamné à mort et fusillé. Il est considéré comme le premier martyr du Laos.

Les négociations avec le gouvernement ont été « un peu compliquées », reconnait Bertrand Evelin. Dans cet esprit, la célébration est « essentiellement laotienne » et « entre Laotiens », selon le frère. « Quelques confrères oblats et des membres des MEP sont partis au Laos, mais ils sont très discrets », explique-t-il. L'envoyé du pape, le cardinal philippin Orlando Quevedo, est lui-même membre des OMI.

Ils respectent ainsi le souhait des évêques du Laos de limiter au maximum la venue sur place d’étrangers, y compris les membres des familles des « Serviteurs de Dieu » – nom donné aux futurs bienheureux –, afin de ne pas provoquer les autorités laotiennes. « Les évêques des quatre vicariats apostoliques de l’Église locale ont appris à rester discrets afin de préserver l’espace de liberté concédé par le pouvoir en place », explique l’agence des MEP.

En France, le cardinal archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, célèbrera une messe pour les bienheureux martyr du Laos en la cathédrale Notre-Dame de Paris, le dimanche 5 février 2017. De leur côté, coïncidence du calendrier ou signe de la providence, les OMI fêtent leur 200 ans ce week-end à Lyon. Les martyrs du Laos y tiendront une place particulière.

« Nous avons une fierté évangélique pour nos compagnons martyrs, déclare Bertrand Evelin. Sur 200 ans, nous commençons à avoir une liste de martyrs qui s’étend sur plus d’une page. Ils ont fait le choix de rester là-bas, par fidélité à un peuple, jusqu’au martyre. La mission n’est pas le monde de Mary Poppins, nous sommes confrontés à la violence. » Avant de rappeler : « Dans la foi chrétienne, le martyre est un don. Nous ne sommes pas candidats au suicide. »

Par Sixtine Chartier - La Vie - 9 décembre 2016