D’abord, parce qu’il se trouve au cœur de l’Asie. Ensuite, le ticket d’entrée y est moins élevé que dans d’autres pays de la région à l’environnement plus complexe et à la concurrence plus forte », a souligné Guillaume Perdon (notre photo), directeur régional Asie du Sud-est du groupe Bred, à l’occasion de la présentation, à Paris le 8 décembre, des 2e Rendez-vous de Vientiane, qui seront organisés dans cette ville du 23 au 27 janvier (*).

« Nous sommes un pays enclavé au centre d’un marché de 600 millions d’habitants, entouré par cinq pays - Chine, Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Birmanie – et sommes reliés à tous par des corridors nord-sud et est-ouest aériens, routiers, fluviaux. Et maintenant nous allons ajouter un réseau ferroviaire entre la province chinoise du Yunnan jusqu’à Singapour, en plus de projets d’autoroutes », a précisé Yong Chanthalangsy, ambassadeur du Laos en France.

Favorable au libre-échange, le Laos a conclu de nombreux accords dans ce sens dans la région, « avec l’Inde qui va devenir un partenaire stratégique, avec la Chine qui l’est déjà, le Japon qui ne veut pas laisser la Chine seule, mais aussi le la Corée, la Nouvelle-Zélande, l’Australie », a égrené Yong Chanthalangsy, selon lequel les échanges avec la Chine de 400 millions de dollars en 2014 (500 milliards selon les estimations en 2015) devraient dépasser les 1 000 milliards en 2020.

S’agissant de la voie ferrée entre le Yunnan et Singapour, a-t-il indiqué, « un accord est déjà intervenu entre Vientiane et Pékin pour la construction d’un chemin de fer de 470 kilomètres jusqu’au Vietnam et, pour notre part, nous sommes en train d’indemniser les populations sur notre sol ».

Développer l’écotourisme

« La montée de la classe moyenne en Chine et la proximité du Yunnan, qui compte 22 millions de personnes, sont aussi des atouts pour atteindre l’objectif de neuf millions de touristes en 2025 », a indiqué l’ambassadeur du Laos en France. En 2014, son pays avait attiré 4,15 millions de touristes au total, représentant des revenus de 656 millions de dollars.

« C’était le deuxième poste de ressources à l’exportation, derrière les mines, soit 6 % du produit intérieur brut, avec un potentiel touristique sous-exploité par rapport aux autres pays de la région », a exposé Vincent Éblé, sénateur de Seine-et-Marne, président du groupe interparlementaire France-Cambodge et Laos. Le Plan nation du tourisme comprend ainsi trois axes majeurs : l’écotourisme, le développement durable et les partenariats public-privé (PPP).

Le Laos possède plusieurs sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, comme Luang Prabang, bien connu de la France, qui a contribué à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine de la ville. « La Région Centre Val-de-Loire et la ville de Chinon ont beaucoup accompagné et coopéré », selon le parlementaire français. Et l’écotourisme peut y être développé.

La population urbaine, qui représente déjà une part de 22 %, croît rapidement. Luang Prabang, par exemple, va doubler sa population à 120 000 âmes en 2030. Les besoins sont donc considérables en matière de maintenance d’infrastructures, de gestion, décentralisation, formation des agents ou d’appui technique aux habitants des quartiers.

EDF, un partenaire fiable

Pays à forte croissance économique (7 % par an pendant la dernière décennie), le Laos est riche en ressources naturelles : non seulement les minerais, mais aussi le bois et l’eau. Et malgré l’intérêt réel de la Chine, il n’entend pas laisser toutes les richesses du sol et du sous-sol au géant asiatique, a laissé entendre Yong Chanthalangsy, qui a cité notamment le cas du barrage de Nam Theun 2 sur un affluent du Mékong, « que son pays n’a pas donné à Pékin, alors qu’EDF s’était retiré un moment du projet ». Et d’expliquer que « si les Chinois étaient prêts à financer à 100 %, nous avons préféré maintenir une présence française dans ce projet hydroélectrique pour montrer que nous nous donnons le choix d’un partenaire fiable, qui va nous permettre de respecter les normes internationales et servir de modèle aux yeux de tous ».

De l’exploitation du potentiel hydraulique au développement du solaire, Vientiane a indiqué que son ambition à l’horizon 2025 était une part de 30 % du mix énergétique consacrée aux énergies renouvelables. Le Laos dispose aujourd’hui de trois centrales thermiques et deux solaires.

Des projets de barrages, d’électrification rurale, d’hôpitaux

« Nous avons bâti 29 barrages, en avons une quarantaine en projet, notre objectif étant de parvenir à 75 nouveaux ouvrages d’ici 20 ans et, parallèlement, d’arriver dans cinq ans à 100 % d’accès à l’électrification rurale, contre 71 % à l’heure actuelle », a également énuméré Yong Chanthalangsy.

La santé est encore un secteur dans lequel les besoins sont réels. Le Laos se dote de nouveaux hôpitaux et cliniques supplémentaires. « La technologie française est reconnue, notre problème, c’est le financement et notre compétitivité prix par rapport à la Corée et au Japon », a relaté Vincent Éblé. C’est ainsi que pendant les dix premiers mois de cette année, les exportations françaises de mobilier médicochirurgical ont augmenté de 33 % par rapport à janvier-octobre 2015. Elles ont également progressé de 35 % dans les produits pharmaceutiques. Mais les hausses les plus sensibles ont concerné les tissus spéciaux, avec + 63 %, et surtout la mécanique, avec un bond de 371 %.

Par François Pargny - Le Moci - 13 décembre 2016