Le ratio des sexes à la naissance est le rapport du nombre de garçons et de filles pour une génération ou dans la descendance d’un individu. Ce rapport est considéré normal lorsqu’il est de 103-107 garçons pour 100 filles. Le maintenir permet d’assurer un équilibre du développement naturel et social d’un pays et/ou d’une localité.

Les traditions ont la dent dure

Ce taux est largement supérieur à Hanoï, selon le Service de la démographie et du planning familial de la capitale, puisqu’il s’est établi au cours des neuf premiers mois de l’année à 113,6 garçons pour 100 filles. Une masculinisation de la société qui fait planer une menace sur le développement à long terme de la ville.

Ce déséquilibre trouve sa source dans les mœurs. Comme dans toute l’Asie de l’Est, la préférence est pour les garçons. Le fils est important pour les rites funéraires, l’honneur de la famille, la transmission du patrimoine, la perpétuation de la lignée, mais aussi pour assurer les vieux jours de ses parents.

Au Vietnam, les femmes s’efforcent de légitimer leur statut en donnant naissance à un fils, qui est le seul habilité à rendre le culte aux ancêtres de la famille, garantissant ainsi la cohésion de la famille et la stabilité de la société. Les familles rurales tendent aussi à privilégier un enfant de sexe masculin. Dans un pays où le système de retraite et de protection sociale est peu développé, les parents comptent en effet sur leur(s) fils pour leur venir en aide, alors que la fille, une fois mariée, les quitte pour la belle-famille.

Cette hausse de la proportion des naissances masculines est liée à la sélection prénatale, rendue possible par le développement rapide de l’usage de l’échographie qui permet de déterminer le sexe d’un fœtus dès sept à huit semaines.

Selon le Dr Chu Hoàng Giang, de l’Hôpital d’andrologie et du traitement de la stérilité masculine de Hanoï, les bons médecins sont parfaitement à même de déterminer le sexe d’un fœtus de 14 à 16 semaines. En théorie cependant, la loi interdit l’usage de l’échographie à cette fin, ce qui n’empêche pas que 90% des femmes connaissent le sexe de leur enfant avant la naissance.

Selon le Département général de la démographie et du planning familial, en 2050, le Vietnam devrait connaître un excédent de 2,3 à 4 millions d’hommes. Une situation que connaissent également d’autres pays asiatiques comme l’Inde, la Chine ou la République de Corée.

À ceci près que dans ces pays, le déséquilibre du ratio des sexes à la naissance n’est observé que chez les groupes de femmes de bas niveau d’instruction ou dans les régions en situation difficile, rurales notamment. Au Vietnam, la situation est la même partout, dans les villes comme à la campagne, chez les personnes aisées comme chez les plus modestes.

Changer les mentalités des gens

Ce déséquilibre affectera sérieusement la structure de la population et le développement à long terme du pays, avec de graves conséquences sociales comme une augmentation des mariages précoces, des divorces, de la discrimination au travail, des abus sexuels, ou encore de la traite des femmes.

D’après le directeur adjoint du Service de la santé de Hanoï, Hoàng Duc Hanh, cette situation - qui semble être partie pour se prolonger de longues années encore - est due essentiellement aux avortements lorsqu’un couple désire avoir un garçon, liés à cette conception d’un autre âge très ancrée.

Outre les solutions du secteur de la santé, à commencer par la pleine application de la loi interdisant aux médecins de communiquer aux parents le sexe de leur futur enfant, il faut introduire les activités du planning familial dans les règlements intérieurs des villages en sensibilisant les gens sur l’absurdité de cette conception et ses effets délétères sur la société et le futur du pays. Il est ainsi important de continuer à investir dans les activités de la démographie et du planning familial ainsi que dans le personnel en la matière, tant en matière d’effectifs que de compétences.

Par ailleurs, des contrôles devront être menés dans les librairies et les maisons d’édition afin de limiter les imprimés incitant à la sélection prénatale des sexes, de même que dans les établissements médicaux privés pour une application stricte des lois concernant l’interdiction de l’avortement sélectif basé sur le sexe du fœtus.

Ta Quang Huy, chef du Service de la démographie et du planning familial de Hanoï, confirme : «Il s’avère indispensable de multiplier les campagnes de communication sur les effets néfastes du déséquilibre du ratio des sexes à la naissance et sur l’immoralité de l’avortement sélectif», et d’enfin tourner le dos à des conceptions archaïques qui n’ont plus lieu d’être au XXIe siècle.

Par Huong Linh - Le Courrier du Vietnam - 18 décembre 2016