Plus de 360 000 Thaïlandais avaient signé une pétition pour s’opposer à cette loi, mais la démarche a été ignorée par l’Assemblée nommée par la junte au pouvoir depuis mai 2014. Cette loi accorde des pouvoirs considérables aux autorités pour punir les internautes qu’elles estiment enfreindre l’ordre public, y compris par des peines de prison.

Il y a plusieurs articles dans la loi votée par l'Assemblée nationale qui font controverse. L’un d’eux punit d’une peine maximale de cinq ans de prison les personnes qui mettraient sur internet des données inexactes ou altérées, si ces données compromettent l’ordre public, le fonctionnement des services publics ou sont susceptibles de créer une panique. Comme on le voit cet article est très vague. S’il est interprété largement, ce qui est souvent le cas en Thaïlande, cela peut même concerner des données qui peuvent sembler anodines.

Un autre article met en place un comité de neuf « sages », qui pourront demander au tribunal de bloquer ou de détruire des données mises sur internet qui nuiraient à la moralité publique. Là encore, c’est une notion définie de manière très large en Thaïlande. Les fournisseurs d’accès sont aussi priés de collaborer avec la junte au pouvoir, là encore sous peine de peine de prison. Le résultat, c’est que tous les internautes se sentent maintenant comme des suspects potentiels.

La surveillance des messageries instantannées fait peur aux Thaïlandais

En fait, avant même l’adoption de la loi, une pétition a été signée par plus de 360 000 Thaïlandais pour s’y opposer, mais la pétition a été ignorée. Ces derniers jours, les réactions ont pris la forme d’attaques contre des sites internet du gouvernement. Plusieurs ministères ont été ciblés par des groupes de hackers. Leur site a été bloqué. Il y a aussi eu une petite manifestation lundi 19 décembre. Les Thaïlandais sont très férus d'internet, qu’il s’agisse de Facebook ou des applications de messagerie. Et ils sont bien évidemment très mal à l'aise de savoir que le gouvernement peut maintenant requérir comme bon lui semble aux fournisseurs d’accès de révéler le contenu de leurs messages.

Le crime de lèse-majesté

Un ensemble d’éléments a poussé le régime militaire à décréter une loi aussi restrictive. Mais parmi eux, le principal sans doute est la défense de la monarchie. Un nouveau roi a été intronisé mais il n’est pas vraiment populaire. Et donc les risques de critiques du souverain sur internet sont assez élevés. Ces critiques sont déjà punies par des sévères peines de prison dans le cadre la loi de lèse-majesté. Mais cette nouvelle loi sur le contrôle de l’internet va permettre encore de jeter le filet encore plus loin et d’arrêter plus de suspects.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 21 décembre 2016