Le pays est très riche en ressources naturelles (gaz naturel, pétrole, bois, pierres précieuses), mais d’une complexité politique et ethnique exceptionnelle. Le Myanmar (nouveau nom de la Birmanie) compte 53 millions d’habitants, dont 70% de Bamars. Des 14 Etats qui le constituent, sept sont bamars et sept sont peuplés de minorités ethniques représentant 30% de la population totale. Ces minorités (135 ethnies) sont principalement des Rohingyas (non recensés officiellement), des Rakhines, des Chins, des Kachins, des Shans, des Karens et des Môns. La répartition religieuse ajoute encore à la complexité du pays: 85% sont bouddhistes, 10% chrétiens, 4% musulmans et 1% animistes.

Pendant près de 50 ans, une junte militaire a dirigé l’Etat d’une main de fer et combattu les minorités. Depuis le printemps 2016, tous les espoirs se sont portés sur Aung San Suu Kyi qui, après 15 ans de résidence surveillée, est devenue, de fait, la cheffe du gouvernement. Beaucoup ont vu en elle la future pacificatrice du pays. Mais depuis son arrivée au pouvoir, les groupes de guérilla des populations minoritaires continuent de résister aux tentatives de l’armée pour les écraser, et tant que la question des minorités ne sera pas résolue, le Myanmar connaîtra des foyers de guerre civile.

Du 31 août au 3 septembre, Aung San Suu Kyi a convoqué un grand rassemblement des chefs de guérilla «ethnique» dans la capitale, Naypyidaw, mais certains ont refusé de participer à cet événement, baptisé «Conférence de Panglong du XXIe siècle» par la Dame birmane en mémoire de son père, le général Aung San. En 1947, ce dernier avait en effet organisé à Panglong une conférence pour convaincre les minorités de s’associer à la future Birmanie indépendante, mais il fut assassiné la même année. Septante ans plus tard, sa fille a voulu ressusciter l’esprit de Panglong.

Malheureusement, cette conférence n’a débouché sur rien, sinon sur une promesse d’organiser d’autres conférences similaires. Pourquoi a-t-elle échoué? Convoquée dans la précipitation, elle n’avait qu’un point à l’ordre du jour: un cessez-le-feu général. Or, les minorités ne veulent pas que se pérennise le centralisme politique du Myanmar. La cheffe du gouvernement ne peut donc échapper à une profonde réforme des structures politiques de son pays. Même Kofi Annan appelé à la rescousse n’a rien pu faire, car aucun objectif de sa feuille de route ne portait sur ces réformes.

Seul un projet de structure fédéraliste pourrait débloquer la situation des minorités, ce dont l’armée ne veut pas. Jusqu’ici, Aung San Suu Kyi a suivi la ligne centralisatrice des militaires – soit parce qu’elle est muselée par eux, soit parce qu’elle-même ne veut pas du fédéralisme dans son pays. Dans ces conditions, la guerre civile va hélas se poursuivre.

La liberté(.ch) - 28 décembre 2016