De nombreuses vidéos du même type avaient déjà circulé, mais c’est la première fois que le gouvernement reconnaît de possibles exactions dans l’ouest de la Birmanie.

Sur cette vidéo, on voit des policiers frapper à coups de poings et de pieds un homme placé à côté de dizaines d’autres villageois, assis par terre, mains sur la tête. Elle aurait été filmée par un officier lors d’une opération de déminage dans le village de Kotankauk, le 5 novembre. Le gouvernement birman annonce l’ouverture d’une enquête ; il affirme aussi avoir arrêté quatre policiers dont l’officier qui a enregistré la scène. Cela fait deux mois que les forces de sécurité birmanes ont lancé une opération d’ampleur dans l’Etat d’Arakan, à l’ouest du pays : ils affirment traquer des militants après l’attaque de postes-frontière en novembre dernier. Depuis, 50 000 Rohingyas ont dû traverser la frontière vers le Bangladesh pour fuir les exactions supposées de l’armée : meurtres, viols, incendies de villages.

Jusqu’ici le gouvernement rejetait tout en bloc, affirmant que la situation était « sous contrôle ». Mais la semaine dernière plus d’une douzaine de lauréats du Prix Nobel ont envoyé une lettre ouverte au Conseil de sécurité des Nations unies, demandant une intervention et parlant de « nettoyage ethnique » et de «crimes contre l’humanité».

Les critiques se sont multipliées ces dernières semaines contre une autre Prix Nobel, Aung San Suu Kyi, qui dirige le pays depuis les dernières élections, et qui est accusée de ne pas faire assez pour aider les Rohingyas.

Radio France Internationale - 2 Janvier 2016


Policiers arrêtés après des violences sur des Rohingyas

Plusieurs officiers sont soupçonnés d'avoir battu des villageois de cette minorité musulmane.

Le gouvernement birman a annoncé lundi l'ouverture d'une enquête et l'arrestation de plusieurs policiers après la diffusion d'une vidéo montrant ceux-ci en train de frapper des membres de la minorité rohingya. Il reconnaît ainsi pour la première fois de possibles exactions dans le nord-ouest du pays.

Depuis octobre, 50'000 musulmans rohingyas ont fui une opération de l'armée birmane lancée en réponse à l'attaque de postes frontières dans cette région par des groupes d'hommes armés. Arrivés au Bangladesh, ces réfugiés ont décrit les exactions de l'armée birmane: viols collectifs, meurtres, tortures...

Jusqu'ici le gouvernement avait toujours rejeté ces allégations. Il estimait que la situation était «sous contrôle» et demandait même à la communauté internationale de cesser de nourrir les «feux du ressentiment». Pour la première fois depuis le début des troubles en octobre, le gouvernement a changé de discours et a ouvert lundi une enquête.

Des dizaines de vidéos

Les autorités se sont engagées à prendre des mesures «contre la police qui aurait battu les villageois lors d'opérations de déminage le 5 novembre dans le village de Kotankauk», d'après un communiqué gouvernemental publié par les médias officiels.

«Ceux qui ont été identifiés ont été arrêtés», ont déclaré un peu plus tard les services d'Aung San Suu Kyi, conseillère spéciale pour l'Etat et de facto à la tête du gouvernement, dans un communiqué. Le gouvernement a nommément cité quatre officiers, et notamment l'auteur de la vidéo où on voit des policiers frappant un jeune homme assis par terre mains sur la tête, aux côtés d'autres villageois.

On voit ensuite trois officiers en uniforme battre à l'aide d'un bâton l'un des hommes au sol puis lui asséner des coups de pied dans le visage. Depuis octobre, des dizaines de vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Mais la zone étant interdite d'accès pour les médias, notamment internationaux, et les ONG, les informations sont très complexes à vérifier.

Apatrides et ostracisés

«Malheureusement, la scène (de la vidéo) n'est pas unique ou isolée», estime Matthew Smith, directeur général de Fortify Rights, une ONG locale. «Il est important que le gouvernement ait reconnu la vidéo, mais reste à voir ce qui va se passer maintenant. L'impunité règne toujours en Etat Rakhine», déplore-t-il.

Considérés comme des étrangers en Birmanie, pays à plus de 90% bouddhiste, les rohingyas musulmans sont apatrides même si certains vivent dans le pays depuis des générations. Ils n'ont pas accès au marché du travail, aux écoles, aux hôpitaux. La montée du nationalisme bouddhiste ces dernières années a attisé l'hostilité à leur encontre.

Le commissaire aux droits de l'Homme des Nations unies, Zeid Ra'ad Al Hussein, avait qualifié en décembre la réaction du gouvernement birman «d'irréfléchie, contre-productive et insensible». Selon lui, l'approche serait même une «leçon sur la façon d'aggraver la situation».

Le Premier ministre malaisien avait parlé en novembre de «génocide» de la population musulmane rohingya. Il avait expressément demandé à Aung San Suu Kyi, d'agir.

Agence Télégraphique Suisse - 2 Janvier 2016