Il est peu probable que la civilisation à l’origine des sépultures de la plaine des jarres, au Laos, se doutait que, près de 2 500 ans plus tard, des hommes reproduiraient ses mystérieuses jarres en réalité virtuelle.

C’est pourtant l’ambitieux projet qu’ont porté les archéologues de l’université de Monash, en Australie. À partir d’images filmées au drone, de données géologiques et de mesures précises réalisées sur une partie du site (le Site 1) exploré en janvier 2016, l'équipe est parvenue à reproduire fidèlement une partie de la plaine des jarres.

Depuis leur salle de réalité virtuelle, à Melbourne, ils peuvent désormais explorer à l'envi et montrer à d’autres le site archéologique du Laos, sans avoir à se rendre sur place.

"Bien longtemps après avoir quitté le terrain, nous pouvons continuer les recherches, et être présents avec notre équipe pour parcourir les fouilles encore et encore et prêter attention à des choses qu’on aurait pu rater", a expliqué Louise Shewan, archéologue en charge des fouilles, à Live Science.

Éviter les bombes

La plaine des jarres, qui abrite de gigantesques pots en pierre sur plus de 1 000 km2 reste depuis longtemps un mystère pour les archéologues. Si l’équipe australienne penche pour une utilisation funéraire du lieu – les jarres auraient servi à entreposer les corps des défunts en attendant leur décomposition avant l’enterrement – d’autres y ont vu des cuves de stockage de nourriture ou dédiées à la fermentation d’alcool.

Et si la zone reste aussi mystérieuse, c’est aussi parce qu’une grande partie des lieux est inaccessible au public et aux chercheurs. Pendant la guerre du Vietnam (1955-1975), des millions de bombes, encore intactes aujourd’hui, y ont été lancées depuis les airs. Impossible d'y poser aujourd'hui les pieds sans risquer sa vie.

"Nous ne pouvons pas creuser à la pelleteuse dans la terre", a expliqué Louise Shewan à Live Science. "Mais nous pouvons survoler la zone avec des drones et rentrer toutes ces informations et ces images dans Cave2 – la pièce de réalité virtuelle de l’université de Monash – pour répondre à des questions telles que 'les jarres sont-elles disposées à équidistance l’une de l’autre, ou selon des marquages funéraires différents ?'"

Pour l’instant, la plaine des jarres en réalité virtuelle n’est visible que dans la salle de visualisation développée par l’université de Monash. Mais les archéologues espèrent la rendre bientôt accessible au grand public dans une grande exposition.

Par Chloé Rochereuil - Mashable.avec France24 TV - 6 Janvier 2017