Les images vidéos de cette pièce, jouée le 9 janvier, dans le cadre d'un atelier pour promouvoir la paix à Pathein dans le sud du pays, sont devenues virales, et ont provoqué la fureur de l'armée. C'est un gradé de la région qui a porté plainte estimant que la pièce "pouvait dégrader et détruire l'image de la Tatmadaw", le nom utilisé en Birmanie pour désigner l'armée, a expliqué Zaw Min Tun de la police de Pathein.

Dans l'une des scènes, l'épouse d'un militaire y explique qu'elle soutient la guerre sous le prétexte que cela éloigne son conjoint du domicile: "mon mari est parti combattre depuis longtemps... donc je peux avoir des liaisons en toute liberté".

En arrivant au pouvoir, le nouveau gouvernement civil, emmené par Aung San Suu Kyi, s'est engagé à accroître les libertés civiles, mais la loi sur la diffamation largement utilisée par la junte est toujours en vigueur. L'article 66d, qui correspond à la diffamation sur internet, a même été davantage utilisé ces derniers mois que lors des deux années précédentes quand d'anciens militaires assuraient la transition. Lors des deux années avant l'élection de 2015, seules sept poursuites avaient été engagées contre plus de 40 ans depuis l'arrivée d'un gouvernement civil. "Les gouvernements démocratiques n'emprisonnent pas ceux qui critiquent les responsables gouvernementaux ou les militaires", rappelle Brad Adams, directeur de Human Rights Watch Asia.

Dimanche, des avocats et des journalistes avaient manifesté à Rangoun pour demander l'abrogation de la loi. La semaine passé, l'envoyée spéciale de l'Onu pour la Birmanie, Yanghee Lee, avait critiqué les autorités pour avoir utilisé la loi sur la diffamation contre les gens "simplement pour avoir exprimé leur opinion". En septembre, un homme a été emprisonné et poursuivi pour avoir traité de "fou" sur Facebook le président birman, un ami et allié d'Aung San Suu Kyi.

Agence France Presse - 27 janvier 2017


Birmanie : Halte aux poursuites contre des détracteurs pacifiques

Le gouvernement birman devrait mettre fin aux poursuites judiciaires à l’encontre de personnes qui expriment de manière pacifique des opinions critiques et respecter leur droit à la liberté d'expression, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Le gouvernement du parti au pouvoir, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) devrait en outre prendre des mesures visant la modification ou l’abrogation des lois qui criminalisent des propos même s’ils sont tenus dans un contexte non violent.

Les bailleurs de fonds qui soutiennent la Birmanie devraient aussi demander au gouvernement de mettre fin aux poursuites judicaires portant atteinte au droit à la liberté d’expression pacifique, et libérer tous les prisonniers qui sont détenus en violation de leurs droits fondamentaux, a ajouté Human Rights Watch.

« Bien que le parti au pouvoir en Birmanie compte dans ses rangs plus de 100 anciens prisonniers politiques, le gouvernement n’a pas agi pour abroger les lois employées contre des personnes qui ne font que s’exprimer de manière pacifique », a déclaré Brad Adams, directeur de la division Asie chez Human Rights Watch. « À l’inverse, au cours de la première année depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement, il y a eu une hausse du nombre de poursuites contre des personnes ayant exprimé des opinions politiques de façon pacifique. »

Au cours de l’année 2016, les autorités birmanes ont recouru de manière agressive dans leur recours à la section 66 (d) de la Loi de 2013 sur les télécommunications. Cette loi criminalise la diffamation sur Internet, punie par une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison. Les personnes accusées en vertu de cette loi n'ont pas droit à la remise en liberté sous caution, et dans de nombreux cas sont détenus pendant des mois dans l’attente de leur procès.

Human Rights Watch - 25 janvier 2017