Plusieurs ONG, dont Amnesty International, pensent qu'il s'agit d'un assassinat politique et demandent une enquête indépendante.

L'avocat Ko Ni, tué à l'aéroport de Rangoon, était un membre très connu de la minorité musulmane de Birmanie. Il a été l'avocat auprès de la Cour suprême du pays, de la Ligue nationale pour la démocratie, la formation d'Aung San Suu Kyi. Il avait fondé un bureau d'avocats en 1995 avec deux autres confrères et s'était occupé de plus de 900 affaires au pénal et plus 1 400 affaires civiles.

Ko Ni a été touché par balle lorsqu'il sortait de l'aéroport de Rangoon, à son retour d'un voyage à l'étranger. Le tueur a touché également un chauffeur de taxi qui essayait de l'empêcher de s'enfuir. Il a été arrêté par la police, mais son identité n'est pas connue.

Pays majoritairement bouddhiste, la Birmanie est en proie ces dernières années à des manifestations anti-musulmanes, après plusieurs cas de violences de masse, concentrés dans l'ouest du pays, plus précisément dans l'Etat de Rakhine, où habitent de nombreux musulmans de la minorité rohingya.

Radio France Internationale - 30 Janvier 2017


Birmanie: funérailles d'un conseiller d'Aung San Suu Kyi abattu

Des milliers de personnes se sont pressées lundi aux funérailles de Ko Ni, célèbre avocat musulman birman, connu pour ses discours sur la tolérance religieuse, qui a été abattu dimanche, un meurtre qualifié d'assassinat politique par le parti d'Aung San Suu Kyi.

De retour d'un voyage officiel avec une délégation gouvernementale, ce conseiller juridique pour la Ligue nationale pour la démocratie (NLD, au pouvoir) d'Aung San Suu Kyi a été abattu alors qu'il attendait une voiture à l'extérieur de l'aéroport de Rangoun, a expliqué à l'AFP Zaw Htay, porte-parole du président birman Htin Kway.

Dans le cimetière de Rangoun, de nombreux musulmans mais aussi des moines bouddhistes et des militants de la NLD s'étaient massés pour un dernier hommage à l'un des rares personnages publics à oser publiquement plaider contre l'intolérance religieuse, dans un pays où les tensions sont fortes.

"Perdre un héros comme lui comme une grande perte pour le pays. Et ce n'est pas un bon signe du tout", s'est inquiété auprès de l'AFP Than Htay, 62 ans, lui-même avocat et présent pour les funérailles.

Quelques heures après le meurtre, le parti au pouvoir depuis des élections historiques en novembre 2015 avait estimé qu'il s'agissait "d'un acte terroriste contre la politique de la NLD".

Le meurtrier présumé, qui a également tué un chauffeur de taxi qui tentait de l'arrêter, a été par la suite appréhendé par les forces de l'ordre.

"J'ai entendu un +bang+, je pensais que c'était un pneu. Je me suis retournée et là j'ai vu mon père à terre avec mon fils. J'ai hurlé", a raconté à une télévision locale Yin Nwe Khaing, la fille de Ko Ni, qui se trouvait avec son père à l'aéroport.

"Beaucoup de gens nous détestent parce que nous avons une religion différente", a-t-elle ensuite ajouté.

- 'Grande perte' -

Peu de temps après le meurtre de Ko Ni, Yanghee Lee, l'envoyée spéciale pour les Nations unies en Birmanie, qui l'avait rencontré il y a deux semaines, a réagi sur Twitter: "c'est terrible. Aung San Suu Kyi doit faire la lumière sur cette mort".

La police n'a pour l'instant fourni aucune indication quant aux motifs du meurtre mais indiqué que le suspect était sorti de prison en 2014 à la faveur d'une amnistie présidentielle après avoir passé 11 ans derrière les barreaux, notamment pour le vol de statues de Bouddha.

"C'est une grande perte pour le pays, pour les forces démocratiques et pour notre parti", a déclaré Tin Oo, chef de la NLD qui a rendu visite à la famille de Ko Ni dans la matinée. L'avocat musulman était une voix plaidant pour davantage de pluralisme et de tolérance religieuse.

L'armée, qui a dirigé le pays pendant près de 50 ans et reste une force politique importante, a estimé que cette "tragédie pourrait sérieusement nuire à la sécurité", promettant de coopérer pour "permettre l'arrestation des coupables et pour faire éclater la vérité".

Depuis l'ouverture du pays en 2011, les violences contre la communauté musulmane, qui représente moins de 5% de la population, sont récurrentes en Birmanie. Ma Ba Tha, groupe de moines bouddhistes extrémistes qui se voit comme une vigie contre la menace d'une islamisation de la Birmanie, est notamment accusé d'attiser la haine antimusulmane dans le pays.

Ces derniers mois, les tensions sont vives dans le pays avec notamment des troubles dans l'Etat de Rakhine (ou d'Arakan, nord-ouest), où plus de 66.000 musulmans rohingyas ont fui une opération de l'armée birmane, accusée par les ONG d'exactions - viols collectifs, torture, meurtres.

Josef Benedict, d'Amnesty International, a dénoncé un "acte épouvantable", ajoutant: "Ko Ni était un militant infatigable des droits de l'homme et sa mort marque la perte d'une voix importante".

Pour l'ONG International Crisis Group, ce meurtre "souligne l'urgence pour le gouvernement birman et la société birmane de s'unir pour condamner toutes les formes de discours haineux".

Agence France Presse - 30 Janvier 2017


La voix de la tolérance religieuse assassinée en Birmanie

Au lendemain de l’assassinat politique d’un célèbre avocat birman de religion musulmane, Ko Ni, 63 ans, conseiller juridique d’Aung San Suu Kyi, le gouvernement doit relever le défi de la tolérance à l’égard des musulmans de Birmanie : 5 % des 53 millions d’habitants du pays.

Un défenseur inlassable de la tolérance religieuse a été assassiné en Birmanie. Des centaines de personnes étaient rassemblées, lundi 30 janvier, à Rangoun au lendemain du meurtre de Ko Ni, célèbre avocat musulman birman, connu pour ses discours sur la tolérance religieuse, et conseiller juridique pour le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui a évoqué un assassinat politique.

De retour d’un voyage officiel avec une délégation gouvernementale, Ko Ni âgé de 63 ans, a été assassiné alors qu’il attendait une voiture à l’extérieur de l’aéroport de Rangoun, a expliqué à l’Agence France-Presse Zaw Htay, porte-parole du président birman Htin Kway.

Devant la maison de Ko Ni et au cimetière musulman, des centaines de personnes se sont massées, le 30 janvier, pour un dernier hommage à ce personnage public qui osait plaider contre l’intolérance religieuse, dans un pays où les tensions sont fortes.

Dans la foule, de nombreux musulmans – les femmes portant des hidjabs de couleur blanche en signe de deuil – mais aussi quelques moines bouddhistes et des militants de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti au pouvoir depuis les élections de novembre 2015.

Le meurtrier présumé, qui a aussi tué un chauffeur de taxi qui tentait de l’arrêter, a été appréhendé par les forces de l’ordre. « J’ai entendu un "bang", je pensais que c’était un pneu. Je me suis retournée et là j’ai vu mon père à terre avec mon fils. J’ai hurlé », a raconté à une télévision locale la fille de Ko Ni, qui se trouvait avec son père à l’aéroport. « Beaucoup de gens nous détestent parce que nous avons une religion différente », a-t-elle ajouté.

« Une grande perte pour le pays »

Peu de temps après ce meurtre, Yanghee Lee, envoyée spéciale pour les Nations unies en Birmanie, a réagi sur Twitter : « c’est terrible. Aung San Suu Kyi doit faire la lumière sur cette mort ».

La police n’a pour l’instant fourni aucune indication quant aux motifs du meurtre, mais a indiqué que le suspect était sorti de prison en 2014 à la faveur d’une amnistie présidentielle après avoir passé 11 ans derrière les barreaux, notamment pour le vol de statues de Bouddha.

Des violences récurrentes contre la communauté musulmane

« C’est une grande perte pour le pays, pour les forces démocratiques et pour notre parti », a déclaré Tin Oo, chef de la LND qui a rendu visite à la famille.

Depuis l’ouverture du pays en 2011, les violences contre la communauté musulmane – moins de 5 % de la population – sont récurrentes en Birmanie. Ma Ba Tha, groupe de moines bouddhistes extrémistes qui se voit comme une vigie contre la menace d’une islamisation de la Birmanie, est notamment accusé d’attiser la haine antimusulmane.

Selon Amnesty, « un acte épouvantable »

Ces derniers mois, les tensions sont vives dans le pays avec notamment des troubles dans l’État de Rakhine (ou d’Arakan, nord-ouest), où plus de 66 000 musulmans rohingyas ont fui une opération de l’armée birmane, accusée par les ONG d’exactions – viols collectifs, torture, meurtres.

Josef Benedict, d’Amnesty International, a dénoncé un « acte épouvantable ». Ko Ni était un militant infatigable des droits de l’homme et sa mort marque la perte d’une voix importante », a-t-il ajouté. Pour l’ONG International Crisis Group, ce meurtre « souligne l’urgence pour le gouvernement birman et la société birmane de s’unir pour condamner toutes les formes de discours haineux »

Aung San Suu Kyi ne pourra rester silencieuse sur cet assassinat et sur la stigmatisation à l’égard des musulmans de Birmanie.

Par Dorian Malovic - La croix - 30 janvier 2017