Le Premier ministre cambodgien Hun Sen a menacé mardi de geler les avoirs du chef de l'opposition Sam Rainsy, actuellement en exil, et notamment le siège du parti, et proposé de modifier la loi pour l'empêcher de rester chef de parti.

Début janvier, Hun Sen a porté plainte pour diffamation contre Sam Rainsy, qui l'a accusé d'avoir corrompu un ancien partisan de l'opposition. Le procès doit débuter le 14 février.

« J'attends le verdict. Mais cette fois, je vais prendre l'argent... Je demande 1 milliard de dollars », a déclaré mardi Hun Sen lors d'une session parlementaire.

« J'ai entendu dire que le siège du parti était enregistré sous le nom de Sam Rainsy donc il sera mis aux enchères », a-t-il ajouté.

Ce dernier a aussi proposé une amendement de la loi électorale pour « interdire à toute personne condamnée de diriger un parti ».

Ecarter ses adversaires ?

Ces derniers mois, le climat politique s'est fortement durci au Cambodge. L'opposition et les organisations de défense des droits de l'Homme estiment que Hun Sen, au pouvoir depuis 31 ans, cherche à écarter tout opposant avant des municipales en 2017 et des législatives en 2018.

La communauté internationale a plusieurs fois appelé l'inamovible Premier ministre au dialogue politique, en vain. Le climat d'intimidation a été renforcé par le meurtre, en juillet, en plein jour dans la capitale, d'un politologue critique du gouvernement.

Un Premier ministre « en panique »

Sam Rainsy, aujourd'hui en exil en France a répondu sur Twitter aux déclarations d'Hun Sen: « Les menaces aujourd'hui illustrent la panique de Hun Sen à l'approche des élections qu'il est sûr de perdre ».

« N'ayant plus aucune prise sur l'électorat, il s'acharne sur moi à titre personnel comme le symbole de l'insoumission à son pouvoir », a-t-il ajouté en français.

Fin décembre, Sam Rainsy a été condamné à cinq ans de prison pour un post sur sa page Facebook, rédigé par un internaute au sujet de la question sensible de la frontière avec le Vietnam. Cette décision judiciaire rend improbable son retour d'exil.

Le Premier ministre est accusé de bafouer les droits les plus élémentaires pour maintenir son emprise sur le pouvoir, au côté d'un petit clan d'alliés devenus très riches. Nombreux sont les opposants à faire face à des poursuites actuellement.

Ouest France - 31 Janvier 2017