Toutes les associations de journalistes du pays s’opposent à cette législation qui permettra au gouvernement de censurer la presse. Mais la junte refuse de changer le texte qui doit être discuté par une assemblée nommée par les militaires cette semaine.

Ce projet de loi en Thaïlande vise, selon les termes des militaires, à introduire des critères éthiques pour évaluer le travail des journalistes et à maintenir l’ordre social. La junte estime que l’auto-contrôle par les organismes professionnels de médias a échoué et que le gouvernement doit exercer ce contrôle lui-même. Le projet de loi met donc en place un conseil de surveillance composé de représentants des médias mais aussi de haut-fonctionnaires de l’administration.

La disposition la plus controversée est celle qui dit que ce conseil délivrera des permis de travail à tous les journalistes et pourra les retirer s’il estime que certains journalistes ont manqué d’éthique professionnelle ou qu’ils ont troublé l’ordre public. Deux notions assez floues et qui peuvent évidemment être interprétées très largement.

Les journalistes thaïlandais « vent debout »

Les 30 associations de journalistes en Thaïlande ont toutes considéré que cela constituait une claire atteinte à la liberté de la presse, laquelle est garantie par la Constitution. Malgré cela, la junte a dit qu’elle ne modifierait pas d’un iota son projet de loi. Et comme l’Assemblée nationale est entièrement nommée par la junte, il ne fait pas de doute que ce projet de loi sera approuvé. Mais même si c’est le cas, les associations de journalistes indiquent qu’elles continueront à se battre contre cette loi qu’elles jugent dictatoriale.

Les relations entre la presse et le régime militaire depuis 2014

En fait, à partir du moment où les manifestations de rues contre la junte se sont calmées dans les mois qui ont suivi le coup d’Etat de 2014, la seule opposition véritable au pouvoir autocratique de la junte est venue des médias, et particulièrement des médias en ligne (→Lire également notre article sur le contrôle des échanges sur internet). Pour les généraux au pouvoir, c’est une épine dans le pied qui les irrite profondément.

Pouvoir renvoyer les journalistes à leur guise s’ils sont mécontents de certains articles les débarrasserait de l’ultime résistance à leur pouvoir. Pour la Thaïlande, qui a connu plusieurs gouvernements démocratiques depuis les années 1990, c’est un recul considérable. En fait, c’est un retour aux années 1960 lorsque le pays était sous la coupe d’une dictature militaire, appuyée par les Etats-Unis.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 31 Janvier 2017