Et ce, malgré l'arrivée au pouvoir il y a dix mois de la conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi et d'un gouvernement pro-démocratie.

Plus d'une quarantaine d'affaires ont été portées devant les tribunaux depuis l'arrivée d'Aung San Suu Kyi au gouvernement en avril 2016. C’est six fois plus que sous le précédent gouvernement des anciens militaires. Sur le banc des accusés : des journalistes, des hommes politiques, des militants des droits de l'homme.

Mi-janvier, l'armée a porté plainte contre neuf lycéens qui avaient joué une pièce de théâtre sur le thème de la résolution des conflits. Plus tard, des ouvriers grévistes ont été accusés de diffamation par leur patron après avoir mis en ligne sur les réseaux sociaux une vidéo de leur mouvement.

Dans toutes ces affaires, il n'y a pas toujours de diffamation, mais parfois de l’insulte ou simplement un message satirique. Cette loi est fortement critiquée par les défenseurs des droits de l'homme qui estiment qu'elle sert avant tout à mettre sous les verrous des opposants politiques.

Règlements de compte

Sous couvert de justice, cette loi sur la diffamation permet de régler des comptes, notamment entre hommes politiques de partis adverses, entre hommes politiques et journalistes qui sortent un scoop ou encore entre vedettes de cinéma.

A l’instar de deux patrons d'un journal qui avaient sous-entendu dans leurs colonnes que le ministre en chef de Rangoon était corrompu. La diffamation est devenue une arme de riposte en Birmanie : vous accusez un tel de vol de terre, et il vous accuse en retour de diffamation.

La défense

Les accusés se défendent en général en affirmant que les messages diffamatoires sur les réseaux sociaux ne sont pas les leurs ou que leur compte a été piraté. Mais ce type de défense est rarement efficace sauf dans le cas très récent d'une célébrité.

Cette dernière a passé quatre nuits en prison puis a été relâchée après que la police ait examiné son téléphone portable et son compte Facebook. Les peines encourues sont lourdes pour les accusés. Et pour cause : la diffamation est un crime en Birmanie passible de trois ans de prison.

Abolition de la loi

Pour face à ces dérives, un parlementaire du parti de la conseillère d'Etat Aung San Suu Kyi a proposé simplement d'amender le texte législatif sur la diffamation et de ramener la peine encourue à deux ans de prison au lieu de trois.

Dominé par le parti de la Nobel de la paix, le parlement birman a déjà aboli certaines lois très répressives qui étaient utilisées par les précédents gouvernements militaires pour harceler les opposants.

Mais les législateurs n'ont pas abrogé toutes ces lois, ce qui fait qu'il y a toujours de nouveaux prisonniers politiques en Birmanie.

Par Rémy Favre - Radio France Internationale - 2 Février 2017