L'ONG y cible un complexe de mines de cuivre où elle a constaté de fortes pollutions et des expulsions. Un exemple parlant dans ce pays très riche en ressources naturelles.

Longtemps isolée, la Birmanie, désormais appelée Myanmar, s’ouvre, avec la transition démocratique, au commerce international. Depuis la levée des sanctions occidentales (en 2013 pour l'Europe et en octobre dernier pour les États-Unis), elle tente d'attirer les investisseurs étrangers pour accélérer son développement économique. Mais à quel prix ?

"Le gouvernement birman fait passer le profit et les investissements étrangers avant les droits humains", estime Maghna Abraham d’Amnesty International.

Expropriations forcées

Dans un nouveau rapport publié aujourd’hui, l’ONG cible le grand projet minier proche de la ville de Monywa. Elle en fait le symbole du développement du pays – très riche en ressources naturelles – qui se fait parfois au mépris des droits de l'Homme et de l'environnement.

Le projet comprend deux usines de cuivre – Letpadaung et S&K – ainsi qu’une usine d’acide sulfurique. Toutes sont exploitées par la société chinoise Wanbao Mining, en collaboration avec l’UMEHL, une société appartenant à l’armée birmane.

"Des milliers de personnes ont été expulsées pour laisser place à ces mines", explique Sabine Gagnier, chargée de plaidoyer pour l’ONG. Déjà en 2015, Amnesty International avait dénoncé des expulsions forcées. Depuis ? "Rien n’a changé. Les expulsions continuent au fil des extensions", assure-t-elle.

Pollution des eaux et des sols

C’est aussi la question des risques environnementaux qui est posée. Amnesty International affirme que la société Wanbao n’a pas entrepris d’évaluation environnementale suffisante. "Les risques sont extrêmement graves, car la mine Letpadaung est dans une région propice aux tremblements de terre et aux inondations", décrit le rapport.

L’ONG compte 26 villages dans les 5 km2 entourant les mines en question, soit 25 000 personnes qui "vivent essentiellement de l’agriculture". Selon elle, des fuites de déchets toxiques auraient eu lieu à partir de novembre 2015 après d’importantes inondations. "Toutes les cultures ont péri, témoigne un agriculteur. Là où l’eau est passée, les récoltes ont fléchi et sont mortes."

"Ni le gouvernement, ni Wanbao Mining n’ont expliqué aux agriculteurs ce qui a causé le déversement, fourni de renseignements sur le contenu des eaux usées ni si elles posaient des risques pour la santé", explique Amnesty International. Au contraire, face à la révolte des paysans, le gouvernement et l’entreprise ont fait usage de la force.

Contacté par Novethic, la société Wanbao Mining n'a pour l'instant pas réagi. Mais en 2015 elle niait vigoureusement les accusations d'Amnesty International. La société soutient qu'un audit environnemental respectant la législation a été bien été entrepris ainsi qu'une concertation avec les villages alentours.

__Une responsabilité des entreprises étrangères __ Amnesty International demande aujourd'hui au gouvernement d’appliquer les lois sur l’acquisition des terres et la protection environnementale et de suspendre toutes les opérations minières à partir du moment où elles violent les droits humains.

Car pour l'ONG, le contrat est clair : "les entreprises étrangères qui font des affaires au Myanmar ont la responsabilité de veiller à ce que les investissements ne contribuent pas aux atteintes aux droits humains".

Et ce, d'autant plus que la levée des sanctions économiques a retiré aux États occidentaux un moyen de pression non négligeable en la matière.

Par Marina Fabre - Novethic - 10 février 2017