“Coup fatal pour la démocratie”. C’est par ces mots dans le titre que le Cambodia Daily annonce l’adoption, le 20 février, des amendements à la loi sur les partis politiques permettant au gouvernement cambodgien de “suspendre et de dissoudre des formations politiques rivales.”

Une fois signée par le roi, cette loi permettra à la Cour Suprême de dissoudre les partis politiques suivant une liste de délits “vaguement définis”, selon le quotidien. Ainsi, le texte parle d’“incitation à la désintégration nationale” et de “subversion de la démocratie libérale multi partite.”

Vers un système à parti unique

“Le Premier ministre Hun Sen qui dirige le pays depuis plus de trois décennies, a dit clairement que ces changements visaient” le Parti de sauvetage national du Cambodge (PSNC), rappelle le quotidien. Le PSNC est le principal parti d’opposition. Il a “failli faire perdre” le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen aux élections de 2013, et continue de “poser la plus grande menace depuis 1998” sur la domination électorale du PPC.

Pour la députée de l’opposition PSNC, Mu Sochua, citée par le quotidien, ce texte est “inconstitutionnel, et viole les droits des citoyens.”

Une position reprise par Charles Santiago, un député malaisien et représentant des parlementaires de l’Asean pour les droits de l’Homme qui indique que ce texte “pourrait transformer le pays, en un système à parti unique.” À ses yeux, le texte affaiblit considérablement la légitimité des prochaines élections. Un scrutin communal est prévu en juin, et des élections législatives doivent avoir lieu en 2018.

Ces amendements “trahissent tous les espoirs nés des accords de Paris de 1991 qui mettaient un terme à deux déc... d’une démocratie avec des élections libres et plusieurs partis politiques”, estime enfin le représentant de Human Rights Watch, Phil Robertson.

Cambodia Daily via Courrier International - 21 février 2017


Le Cambodge approuve le projet de loi sur les Partis politiques

L’Assemblée nationale (AN) cambodgienne a approuvé lundi 20 février le projet de loi sur les partis politiques (amendé) malgré le boycott des députés de l'opposition.

Les 66 députés du Parti populaire cambodgien (PPC) au pouvoir soutenaient ce projet de loi, tandis que les députés de l'opposition, du Parti du secours national du Cambodge (CNRP), n'ont pas participé au vote lors d’une session extraordinaire dirigée par le président de l’AN, Samdech Heng Samrin.

Le projet de loi amendé interdit à toutes les personnes condamnées de servir comme chefs de parti ou chefs adjoints. La modification de la loi de 1998 évoquée par Hun Sen permettra aussi la dissolution de partis politiques dont un dirigeant aurait été condamné pour un délit grave ou un crime.

Une séance extraordinaire

En mettant en œuvre la directive du Premier ministre Samdech Hun Sen approuvée lors d’une séance extraordinaire de l’AN cambodgienne le 31 janvier, les députés du PPC ont demandé le 10 février à l’organe législatif de modifier la loi sur les Partis politiques. L’AN a tenu ensuite une session extraordinaire pour approuver les amendements de cette loi.

Auparavant, le CNRP a adopté la demande de Sam Rainsy de démissionner de la présidence de son parti. Ce dernier a en effet été condamné pour diffamation à plusieurs reprises par des tribunaux. Il vit en exil en France et n'est pas rentré au Cambodge depuis 2015, selon Reuters.

L’AN cambodgienne compte 123 sièges dont 68 sont occupés par le CPP, et 55 par le CNRP. Selon la loi cambodgienne, l'adoption de la loi auprès de l’AN a besoin seulement d'une majorité de 50% plus une voix, ou de 63 votes.

Agence Vietnamienne d'Information - 20 février 2017