Celle-ci est accusée, entre autres, de manipulation judiciaire et de corruption. Les récriminations contre les forces de l'ordre ne sont pas nouvelles, mais une série d’affaires récentes ont relancé la polémique.

En Thaïlande, une série d’incidents impliquant des officiers de police a déclenché une vague de mécontentement. Le plus sérieux d’entre eux a été la condamnation à la prison d’une enseignante accusée d’avoir renversé et tué un cycliste lors d’un accident de la route. Cette femme a été condamnée à trois ans de prison, alors même que les deux seuls témoins de l’accident ont attesté que le conducteur fautif était un homme.

L’enseignante condamnée essaie d’obtenir une révision du procès, mais elle est l’objet de menaces et de harcèlement par les officiers de police. Lors d’un autre cas, il a été révélé que le directeur de la police de Bangkok touchait, parallèlement à sa rémunération officielle, un salaire mensuel conséquent en tant que conseiller de la plus grosse firme de production d’alcool du pays.

«Tordre un cas judiciaire», une pratique courante

La police thaïlandaise est généralement considérée comme l’une des institutions les plus corrompues de Thaïlande. Les postes hiérarchiques élevés doivent être par exemple achetés par des dessous-de-table par les officiers qui veulent grimper les échelons. La corruption est généralisée de l’échelon le plus bas jusqu’au sommet de la hiérarchie. Dans le cas de l’enquête sur l’enseignante apparemment accusée à tort d’un accident meurtrier, c’est aussi un type d’incident très courant. Les enquêtes sont bâclées, parfois par pure négligence, mais aussi parfois volontairement. Il y a une expression en Thaïlande : « tordre un cas judiciaire ». Cela veut dire que moyennant finance, les policiers font passer la victime pour le coupable et le coupable pour la victime.

La junte n'a pas encore réformé la police

Les policiers réagissent en rejetant les allégations et en ripostant par des procès en diffamation. Ainsi, ces derniers jours, des universitaires ont organisé un séminaire sur le thème : « A quoi sert la police thaïlandaise ? », suite à la série d’incidents. Dès le lendemain, le chef de la police a intenté un procès en diffamation aux organisateurs du séminaire.

Alors, bien sûr, il y a un grand nombre de policiers qui sont honnêtes, mais la police est tellement rongée de l’intérieur par la corruption et le manque de responsabilité devant le public que seule une réforme en profondeur pourrait amener un début d’amélioration. La junte au pouvoir en a beaucoup parlé il y a deux ans et demi quand elle s’est emparé du pouvoir lors d’un coup d’Etat, mais depuis aucun progrès n’a été fait.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 20 février 2017