A son accession au trône en décembre 2016, le nouveau roi de Thaïlande Rama X a gracié 100 000 condamnés, permettant à 30 000 d’entre eux de sortir de prison.

Parmi eux, Chuwit Kamolvisit, le controversé homme d’affaires et homme politique thaïlandais, était poursuivi par la justice depuis 2003, pour avoir démoli illégalement des bars et des magasins à Sukhumvit soi 10 sur un terrain lui appartenant.

Après avoir fait fortune dans le commerce des salons massage, il contrôle alors le Davis Group, exploitant six établissements avec plus de 600 employés et un chiffre d'affaire annuel estimé à un milliard de baht (environ 23 millions d'euros), Chuwit s’est ensuite lancé en politique avec son parti « Love Thaïland ».

A sa sortie de prison, il a annoncé arrêter sa carrière pour en démarrer une nouvelle dans les médias.

Pourtant, il continue à faire de la politique en dénonçant les conditions de détention dans le royaume.

Lors d’une conférence de presse au FCCT, le 8 février dernier, Chuwit a exposé aux médias une séries de photographies « exclusives ». Elles dévoilent des prisonniers, entassés, à même le sol.

Devant les journaliste thaïlandais et correspondant de médias étrangers il a aussi relaté les rencontres qu’il a faites durant son séjour en prison, des hommes, des femmes, des couples ordinaires.

Il se veut le témoin de ce qu’il a vu et subi. « Tout est vrai, parce que j’ai des preuves, je vous les ai montrées. »

289 675 prisonniers en Thaïlande

Il commence par dénoncer la surpopulation carcérale. Les prisonniers en Thaïlande sont au nombre de 289 675. En France ce nombre est de 68 514, pour une population totale comparable.

Les condamnés le sont majoritairement pour des faits liés à la drogue.

Coralie de Vaulchier, expatriée française à Bangkok depuis 10 ans, rend visite aux détenus de son pays d’origine, elle témoigne :

« Les prisonniers sont mélangés sans tenir compte de la gravité des faits reprochés. Ils sont à l’extérieur de 7h30 du matin à 15h30 et rentrent ensuite dans une cellule où ils peuvent être jusqu’à 70, cela dépend des prisons. Ils dorment par terre, dans une grande promiscuité. La lumière reste éclairée toute la nuit. Et la chaleur est particulièrement pénible à supporter. »

« Tomber dans un cauchemar »

En effet, les thaïlandais ne sont pas les seuls à subir ces conditions sordides, de nombreux étrangers se retrouvent derrière les barreaux, parfois encore plus maltraités.

C’est ce que raconte, Ludovic Marquis, un belge de 35 ans, emprisonné pendant 84 jours à Samut Prakan, après avoir été accusé de falsifier son visa.

« En arrivant en prison, j’ai eu l’impression de tomber dans un cauchemar. Tous les détenus, vêtus d’un short brun, portaient des chaînes aux chevilles. Il y a une grande différence de traitement entre les Thaïlandais et les étrangers », « ne fût-ce que pour la nourriture, les premiers servis étaient bien évidemment les Thaïlandais. Bien souvent, nous ne mangions pas le soir. »

De plus, atteint d’une infection au colon, les soins nécessaires ne lui ont pas été prodigués à temps. A bout de force, les gardes l’ont laissé sous un soleil de plomb, sans qu’il ne puisse bouger.

Comme lui, Régis, détenu français de 58 ans à Bangkok confie :

« Le plus difficile, c’est la promiscuité et la chaleur. On est quarante dans des cellules prévues pour dix ou vingt personnes. C’est comme dans les prisons en France ou en Europe il y a 100 ans. Ce ne sont pas les gardes qui surveillent, mais des détenus de confiance. »

Ainsi, le marché noir et la corruption sont au cœur de la vie en prison. Chuwit explique que les prisonniers peuvent améliorer leurs conditions et même obtenir tout ce qu’ils veulent s’ils y mettent le prix. « Tu peux avoir un massage en prison. Si tu payes plus, tu peux même avoir des magazines Playboy » (Rire).

Par Romane Dubrulle & Cloé Pombo - Thailande-fr.com - 27 février 2017