Kem Sokha a été élu aujourd’hui jeudi 2 mars et vient remplacer Sam Rainsy, en exil et condamné à la prison s’il revient au Cambodge. Cette nomination pourrait permettre à l’opposition de sortir de la crise politique qu’elle traverse depuis plusieurs mois. Va-t-elle bouleverser l’échiquier politique cambodgien, en vue des élections municipales de juin ?

Ce jeudi, le principal parti d’opposition du Cambodge a choisi Kem Sokha comme nouveau leader intérimaire. Devant des centaines de partisans, le nouveau leader a promis que le Parti National de Sauvetage du Cambodge (CNRP) améliorerait les services publics en remplaçant les chefs communaux du Parti du Peuple Cambodgien (PPC), indique Channel News Asia. Il s’est aussi engagé sur une aide financière supplémentaire de 500 000 dollars pour chaque commune si son parti sortait vainqueur des élections locales de 2017.

Par ailleurs, trois autres membres du parlement ont étés choisis comme chefs adjoint du CNRP : Pol Ham, Mu Sochua et Eng Chhay Eang, précise le Cambodia Daily. En l’absence de Sokha, Ham remplirait le post de président du Parti, bien que le tout nouveau leader puisse transférer ses prérogatives à un autre député s’il le désire, explique le Phnom Penh Post. Ils se présenteront ce jeudi devant le congrès du partis, afin de dévoiler leurs positions officielles.

Kem Sokha vient remplacer l’emblématique Sam Rainsy. Ce dernier avait démissionné de façon inattendue le 11 février dernier depuis la France, où il s’est exilé en novembre 2015, face à l’interdiction de se présenter aux futures élections, rappelle Le South China Morning Post. Cette nomination vient apporter un souffle nouveau à un CNRP plongé dans une crise politique majeure, depuis l’exil de Sam Rainsy. Celui-ci a été condamné à neuf années de prison pour diffamation envers le président de l’Assemblée cambodgienne et le vice-premier ministre (lire notre article). Une double condamnation motivée politiquement selon l’ancien chef de l’opposition.

Si Rainsy a été poussé à la démission, c’est à cause des amendements à la loi sur les partis politiques. Ces derniers permettent aux tribunaux cambodgiens – jugés sous le contrôle du PPC de Hun Sen, rappelle le Cambodia Daily – de dissoudre un parti politique en fonction des crimes commis par ses dirigeants. Pour les Etats-Unis et l’Union européenne, ces procédés visant à éliminer les partis politiques pourraient porter atteinte à la crédibilité des élections municipales de juin, et des élections nationales de juillet 2018.

De son côté, Sam Rainsy a déclaré sur Twitter « comprendre et approuver les changements qui suppriment les prétextes possibles pour le gouvernement de dissoudre le parti avant les élections », rapporte le Phnom Penh Post. Le jour de sa démission, Rainsy avait précisé se tenir à l’écart « pour le bien du parti », rappelle le South China Morning Post.

Malgré cette nomination, la direction du CNRP reste néanmoins divisés entre ses deux branches : le Parti des droits de l’homme de Kem Sokha et celui de Sam Rainsy, qui ont fusionnés en 2012, explique le Cambodia Daily. Mu Sochua, collaboratrice de Sam Rainsy, a nuancé ce constat : « Lorsqu’une décision majeure devra être prise, les deux ailes du CNRP arriveront à trouver un consensus. » Les trois députés et le président « créeraient une solide façon de gérer le parti en cette période très difficile », encourage le député du CNRP Son Chhay, cité par le Phnom Penh Post. Cependant, aucune règle de consensus n’a pour l’instant été modifié, ajoute le journal de la capitale, suggérant ainsi que le président et les trois députés doivent encore s’entendre sur les décisions majeures.

Cette alliance a été bénéfique pour les deux courants du CNRP, analyse le Cambodia Daily, car elle a conduit à d’importants gains électoraux aux élections de 2013, en doublant pratiquement le nombre de sièges (de 29 à 55) à l’assemblée nationale. Le parti de Hun Sen avait même admis que ce bouleversement était un « spectacle révélateur ». Le PPC se retrouve donc menacé par cette restructuration de l’opposition, que d’aucuns voient comme la plus grande menace à son pouvoir depuis les élections de 1993.

Par Benjamin Giraudeau - Asialyst - 2 Mars 2017