Au sommet des tours du Bayon, le visage de Jayavarman VII, roi bâtisseur de la cité d’Angkor, offre son immuable sourire aux touristes qui se pressent à ses pieds pour prendre des selfies. Depuis début février, le prix d’entrée du premier site touristique du Cambodge a flambé : le billet journalier a presque doublé, passant de 20 dollars (18,80 €) à 37 dollars (34,80 €). Le « pass » trois jours est passé de 40 à 62 dollars (37,60 € à 58,30 €) et la semaine de 60 à 72 dollars (56,40 € à 67,7 €).

« Il y a plus de cent temples à visiter donc cela reste un prix abordable », justifie Ly Se, président de l’Institution Angkor (IA), l’organe créé par l’État pour reprendre la main sur la gestion du parc archéologique, confiée depuis dix-sept ans à une compagnie pétrolière.

« Un prix disproportionné » par rapport au coût de la vie du pays

Le site, classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1992, est une manne pour ce pays émergent. En 2016, les 2,2 millions de visiteurs étrangers ont rapporté 62 millions de dollars (58,3 millions d’euros) de recettes. Mais la tendance est au ralentissement, et les autorités cherchent à retenir les touristes plus longtemps.

« On a été surpris par le prix d’entrée, disproportionné par rapport au pays, jugent Alessandro et Jacopo, deux Italiens. Ici, avec 62 dollars on tient une semaine ! On a quand même pris un « pass » trois jours, mais on va faire attention à nos dépenses. »

Les professionnels craignent que les touristes restent moins longtemps

Annoncée il y a six mois, cette hausse sans précédent déstabilise les professionnels du tourisme. « Je soutiens cette augmentation mais elle aurait dû être graduelle, juge Sareth Duch, responsable de l’agence Angkor Travel. En moyenne, les touristes restent trois jours à Siem Reap, on redoute qu’ils se contentent d’une visite d’un jour. Le gouvernement manque de vision à long terme et de transparence. »

L’IA a prévu que, sur chaque ticket, deux dollars soient reversés au groupe hospitalier pour enfants Kantha Bopha, et qu’une part soit allouée à un fonds de préservation du site, sans préciser quel pourcentage.

« Cette hausse va surtout gêner les voyageurs indépendants optant pour l’Asie du Sud-Est pour son côté abordable. Mais dans les circuits organisés, les clients payent des forfaits, alors elle passe inaperçu », analyse Nick Ray, conseiller du voyagiste Hanuman.

« Moins d’Occidentaux, plus de Chinois »

S’il est trop tôt pour mesurer les effets de cette hausse, dans le centre-ville de Siem Reap, l’inquiétude est palpable parmi les petites mains – souvent des jeunes peu qualifiés – qui font tourner le commerce. « Ce mois-ci, il y a moins de touristes qu’en 2016 », affirme Serey, chauffeur de tuk-tuk qui guette le client à l’angle de Pub Street.

Tous les jours, ce jeune homme de 29 ans, qui loge dans un foyer pour orphelins, travaille de 8 heures à minuit pour rembourser les 1 600 dollars (1 504 €) qu’il a empruntés pour l’achat de son tuk-tuk d’occasion : « Il y a moins d’Occidentaux, plus de Chinois, c’est mauvais pour nous car ils circulent en bus ».

Par Éléonore Sok-Halkovich - La Croix - 15 mars 2017