Celui dont le travail a été auréolé d’un prix Pulitzer résume habillement sa carrière: «De l’enfer jusqu’à Hollywood».

Nick Ut avait à peine 21 ans lorsqu’il a pris la jeune Kim Phuc en photo, le 8 juin 1972. Un cliché qui allait changer sa vie, tout comme celle de la fillette de 9 ans.

L’image, prise en noir et blanc, traduit à elle seule l’horreur de la guerre du Vietnam. On y voit Kim Phuc courir nue, hurlant, son corps se consumant sous nos yeux. Tout juste avant que Nick Ut n’immortalise cette infamie, l’armée sud-vietnamienne venait de commettre une bévue en larguant des bombes au napalm sur le village de Trang Bang.

Après avoir rangé son objectif, le photographe a tout laissé en plan pour courir à la rescousse de la fillette, la conduisant à l’hôpital, lui sauvant ainsi la vie.

Au cours des 44 années qui ont suivi, Nick Ut a pris des dizaines de milliers de photos, incluant des portraits de pratiquement toutes les célébrités hollywoodiennes.

En parcourant son portfolio, le célèbre photographe se rappelle ce moment où Paris Hilton, en pleurs, était conduite en prison pour des infractions routières, ou encore lorsque Michael Jackson grimpait sur un véhicule utilitaire pour esquisser quelques pas de danse à l’extérieur du palais de justice où il allait se faire innocenter des accusations d’agressions sexuelles sur un enfant qui pesaient contre lui.

Mais la photo de «la fille au napalm» demeurera toujours sa plus emblématique. «Cette photo a changé ma vie. Elle a changé la vie de Kim», se rappelle le photographe vietnamien, qui a toujours gardé un lien étroit avec la jeune fille. Aujourd’hui âgée de 53 ans, Kim Phuc habite au Canada avec son mari et ses deux enfants.

Après avoir couru à la rescousse de cette jeune Vietnamienne, Nick Ut lui a donné de l’eau et a versé le précieux liquide sur ses brûlures. Il l’a ensuite embarquée, avec d’autres blessés, dans la camionnette de l’Associated Press pour la conduire à l’hôpital. Lorsque les médecins ont refusé de la soigner, prétextant qu’il était impossible de la sauver, Nick Ut a brandi sa carte de presse. Il a lancé aux médecins que la photo de la fillette se retrouverait le lendemain matin dans les journaux du monde entier et qu’il n’hésiterait pas à expliquer que des médecins avaient refusé de la soigner.

«Je pleurais lorsqu’elle courait vers moi», avait-il déjà raconté à un journaliste de l’Associated Press. «Si je ne l’aidais pas — ou si quelque chose lui arrivait et qu’elle mourrait —, je crois que je me serais tué après ça.»

Par John Rogers - The Associated Press - 13 mars 2017