L'armée birmane a mené une campagne de quatre mois contre cette minorité musulmane dans cet État de l'ouest du pays, qui a abouti, selon des enquêteurs de l'ONU, à un «nettoyage ethnique» et «très probablement» à des crimes contre l'humanité.

L'ambassadeur britannique auprès des Nations unies, Matthew Rycroft, a expliqué aux journalistes qu'«aucun consensus n'a été obtenu dans la salle» pour une déclaration qu'il a qualifiée de «relativement a minima».

Selon des diplomates, la Chine et la Russie s'y sont opposées. Mais les missions diplomatiques de ces deux pays n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

La déclaration proposée par le Royaume-Uni «constatait avec préoccupation une reprise des combats en certaines régions du pays et soulignait l'importance d'ouvrir l'accès humanitaire à toutes les zones».

«Nous soutenons le processus de paix et sommes l'un des plus gros donateurs humanitaires bilatéraux, y compris dans l'État Rakhine», a ajouté l'ambassadeur britannique, dont le pays tient la présidence du Conseil de sécurité ce mois-ci.

Cette déclaration aurait pu mener à d'autres initiatives du Conseil. Le blocage par Moscou et Pékin a donc été interprété comme un signal clair de leur volonté que la Birmanie ne figure pas à l'agenda.

Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90% bouddhiste, les quelques 1,1 million de Rohingyas sont apatrides même si certains vivent dans ce pays depuis des générations.

Rapportant des récits de meurtres, de viols en réunion et de tortures commis par les soldats birmans, des dizaines de milliers de Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh.

Agence France Presse - 17 mars 2017


Birmanie : la commission de Kofi Annan remet ses préconisations sur les Rohingyas

Des dizaines de milliers de réfugiés, des accusations de crimes contre l’humanité… Depuis octobre 2016, l’ouest de la Birmanie est le théâtre de graves violences. L’armée birmane a poussé plus de 70 000 musulmans de l’ethnie des Rohingyas à fuir au Bangladesh voisin. L’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan dirige une commission chargée de proposer des solutions pour régler la question rohingya. Jeudi 16 mars 2017, cette dernière a remis un rapport intermédiaire et propose de fermer tous les camps de déplacés.

Dans l’ouest de la Birmanie, plus de 100 000 Rohingyas vivent depuis cinq ans dans des camps dont ils n’ont pas le droit de sortir. La commission de Kofi Annan propose de rétablir la liberté de mouvement des musulmans et des bouddhistes déplacés, en organisant leur retour.

Elle recommande par ailleurs de faciliter l’accès à la région aux personnels humanitaires et aux journalistes. Depuis octobre, l’ouest de la Birmanie est bouclé, interdit aux médias. Les ONG ont eu beaucoup de mal à distribuer des vivres sur le terrain.

La commission préconise enfin de former les forces de l’ordre au respect des droits de l'homme. Les soldats birmans sont accusés de nombreux crimes dans la région : viols collectifs, déplacements forcés de populations, exécutions sommaires.

Les Rohingyas, des apatrides

Les propositions de la commission sont ambitieuses, même si elles n’évoquent pas le problème principal des Rohingyas, à savoir le fait qu’ils sont apatrides. La loi sur la nationalité de 1982 les empêche d’avoir des papiers birmans et la commission ne dit rien à ce sujet. Le gouvernement de la conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi nie les crimes commis par l’armée. Il a toutefois promis de mettre en œuvre rapidement la plupart des recommandations de la commission Annan.

Radio France Internationale - 17 mars 2017


Rohingyas : Kofi Annan demande la fermeture des camps de déplacés

L’ancien secrétaire général des Nations Unies remet un rapport intermédiaire préconisant le retour de cette minorité considérée comme la plus discriminée au monde par l’ONU.

Les autorités birmanes emmenées par Aung Sang Suu Kyi mettront-elles un terme à la persécution des Rohingyas face à la pression grandissante de l’ONU ? Alors que la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la Birmanie, Yanghee Lee, demande une commission d’enquête internationale chargée de se pencher sur les exactions commises par l’armée, l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a remis, jeudi, un rapport intermédiaire qui préconise de fermer tous les camps de déplacés de l’ouest de la Birmanie où plus de 100 000 personnes issues de cette minorité apatride y survivent depuis cinq ans. La commission demande en outre aux autorités la réouverture de l’accès à la région au personnel humanitaire et aux journalistes. Depuis la flambée de violences en octobre, le territoire est totalement bouclé laissant libre cours aux massacres.

Le rapport recommande enfin la formation des forces de l’ordre au respect des droits de l’homme, accusées de viols collectifs, de torture et d’exécutions sommaires. Dans ce territoire, l’ex-junte a procédé à des expropriations, à la destruction du patrimoine religieux et à des déplacements de populations visant à effacer toute trace de présence rohingya en Birmanie avant l’arrivée de la Ligue nationale pour la démocratie au pouvoir et le recensement de 2014. Le retour des Rohingyas risque d’être compliqué par ce plan de colonisation destiné à « bouddhiser » l’Etat de l’Arakan. Aujourd’hui, 400 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh voisin où ils ne connaissent aucun répit. Le gouvernement prévoit en effet de les déplacer sur une île déserte sans aucune infrastructure et soumise aux inondations et aux cyclones.

Aung San Suu Kyi suivra les préconisations du rapport Annan

Au centre du problème, leur statut d’apatride depuis 1982 – malgré une présence en Birmanie de plusieurs siècles- n’est toutefois pas évoqué dans le rapport. Cette négation de la citoyenneté a ouvert la voie aux appels à la haine des militaires et des responsables bouddhistes dont le tristement célèbre moine Wirathu autrement surnommé le « Hitler birman ». Figure du mouvement MaBaTha, le religieux n’a eu de cesse de dénoncer l’islamisation de la Birmanie qui compte moins de 5% de musulmans. Après des années d’appels aux meurtres, ce dernier a enfin été interdit de prêche par les hautes autorités bouddhistes du pays jusqu’en mars 2018. Faut-il voir dans cette interdiction un signe que les choses pourraient avancer alors qu’Aung San Suu Kyi elle-même a nié les crimes de l’armée jusqu’à une période récente ? En janvier, la Dame de Rangoun, Prix Nobel de la paix, a annoncé l’arrestation de policiers après la publication d’une vidéo les montrant en train de frapper des membres de cette minorité. Filmés en train de faire des selfies avec des Rohingyas à terre, les images avaient provoqué le scandale et avaient contraint Aung San Suu Kyi a assuré que «d’autres enquêtes sont en cours pour mettre fin aux agissements d’autres policiers qui auraient frappé des villageois lors de cette opération». Aujourd’hui, elle assure que le gouvernement suivra les préconisations du rapport Annan.

L'Humanité - 17 mars, 2017