Mais il sera vite remplacé: avec le boom économique, de plus en plus d'enfants travaillent dans les usines birmanes. Les deux doigts ont été sectionnés au niveau de l'os et plusieurs semaines après, les médecins sont toujours incapables de dire s'ils pourront sauver les autres.

"Je ne peux pas faire ce que je veux, donc je me sens déprimé", raconte-t-il à l'AFP en jetant un regard à sa main bandée alors qu'il est cloîtré à l'intérieur de la maison familiale dans la banlieue de Rangoun. "Je veux que ma famille ait un niveau de vie décent. Je veux que ma famille puisse avoir assez à manger, qu'elle puisse porter les mêmes vêtements que les autres", ajoute-t-il.

L'adolescent fait partie des dizaines de milliers d'enfants qui travaillent dans les usines du pays, qui est en plein développement économique après des décennies d'isolement. La Birmanie affiche un taux de croissance annuel d'environ 7%. San Min Hteik a reçu 2,5 millions de kyats (1.750 euros) pour sa blessure en compensation de la part de l'usine, propriété du groupe chinois 999 Iron.

"Quand on nous a donné l'argent, je me sentais triste, comme si on achetait la main de mon fils avec cet argent", explique Tin Tin Htay, sa mère. Cette somme a servi à payer les factures médicales et permettra aux deux frères et soeurs de l'adolescent de poursuivre l'école, ajoute-t-elle. Contactée par l'AFP, l'usine a refusé de commenter.

- Mauvais élève -

En Birmanie, un enfant sur cinq entre 10 à 17 ans travaille, selon le dernier recensement en 2014, ce qui en fait l'un des plus mauvais élèves dans le monde en la matière. Ils sont balaient les ateliers d'usine, servent dans les salons de thé ou travaillent comme domestiques. Et ils sont désormais de plus en plus nombreux dans les usines appartenant à des groupes étrangers attirés par la perspective de faire des affaires en Birmanie, un pays d'environ 55 millions d'habitants où tout reste à développer. La main-d'oeuvre y est par ailleurs moins chère qu'ailleurs dans la région, avec un salaire horaire minimum d'environ 28 centimes d'euros, inférieur à ce qui se pratique en Thaïlande, au Cambodge, en Chine ou en Indonésie.

"Les parents demandent à leurs enfants de travailler pour faire vivre la famille", explique San Win, un dirigeant syndical local. "Nous n'avons pas le courage de leur demander de ne pas envoyer leurs enfants travailler. Ils ont tellement de difficultés", ajoute-t-il. Légalement, les enfants peuvent commencer à travailler à 14 ans en Birmanie mais ils ne sont pas censés, à cet âge-là, faire plus de quatre heures par jour et ne doivent pas être employés dans des industries dangereuses.

- Contrôles rarissimes -

Mais les lois sont peu respectées car les contrôles sont rarissimes. Et de nombreux enfants commencent à travailler bien avant 14 ans, dans un pays où une personne sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. Zinmar, dont le prénom a été changé, a débuté dans une blanchisserie à seulement 12 ans. Elle lavait et repassait des vêtements huit heures par jour grâce à de faux papiers. Les propriétaires ont divisé par quatre son temps de travail quand ils ont découvert son âge. "Je veux travailler à plein temps comme avant. Je peux travailler une journée entière parce que je suis en bonne santé, mais la loi ne me le permet pas", regrette-t-elle.

Ei Thae a également commencé à travailler à l'âge de 12 ans pour une usine qui fournit des vêtements pour le géant suédois de l'habillement H&M. "J'ai quitté cette usine pour chercher un nouvel emploi, mais je n'ai pas réussi car je suis mineure et j'ai dû revenir". Ulrica Bogh-Lind, une porte-parole du groupe H&M à Stockholm interrogée par l'AFP, assure que le groupe suédois veille à ce que les salariés de ses fournisseurs, et en particulier les adolescents de 14-18 ans, travaillent conformément aux lois du pays et soient "traités avec respect". Elle évoque un "code de conduite strict" de H&M.

"Les heures supplémentaires doivent avoir lieu conformément à la législation et à nos propres demandes, et c'est particulièrement important dans le cas des 14-18 ans", écrit-elle dans un mail. Selim Benaissa, de l'Organisation internationale du travail (OIT), estime pour sa part que le travail des enfants ailleurs que dans des usines est souvent plus dangereux pour eux, comme la collecte des ordures ou la prostitution. "Eloigner les enfants d'un travail sans un soutien et un suivi appropriés peut les pousser vers des formes d'exploitation ou des travaux dangereux", dit-il. Or "les enfants travailleront de toute façon... Ici, c'est totalement accepté, même par les enfants".

Agence France Presse - 22 mars 2017