Malgré des soupçons de crimes contre l’humanité, la Birmanie a rejeté, samedi 25 mars, la décision de l’ONU d’envoyer une mission d’enquête sur les récentes exactions commises contre la minorité musulmane des Rohingya imputées à l’armée, affirmant que cela ne ferait qu’« attiser » le conflit.

Le le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), sis à Genève, en Suisse, a créé vendredi « une mission internationale indépendante » qu’il veut envoyer sur place au plus vite. Traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90 % bouddhiste, les Rohingya sont apatrides, même si certains vivent dans le pays depuis des générations.

L’armée birmane a, par ailleurs, lancé le 10 octobre une offensive d’envergure dans l’Etat d’Arakan (appelé Rakhine par les autorités) dans l’Ouest du pays, où vivent les Rohingya, après des raids meurtriers de groupes armés contre des postes-frontières. Cette campagne de plusieurs mois a abouti, selon le HCDH, à un « nettoyage ethnique » et « très probablement » à des crimes contre l’humanité.

Viols, tortures, disparitions forcées

Rapportant des récits de meurtres, de viols en réunion et de tortures commis par les soldats birmans, des dizaines de milliers de Rohingya se sont, depuis, réfugiés au Bangladesh. Les allégations du haut-commissariat concernent « notamment, mais pas seulement, la détention arbitraire, la torture et les traitements inhumains, le viol et d’autres formes de sévices sexuels, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, les disparitions forcées, les déplacements forcés et la destruction illégale de biens ».

Si le ministère des affaires étrangères birman n’est pas allé, samedi, jusqu’à déclarer qu’il allait bloquer la mission d’enquête de l’ONU, il a toutefois indiqué qu’il « se dissociait globalement de la résolution » des Nations unies créant la mission.

La Birmanie a décidé de mener sa propre enquête sur de possibles crimes contre les Rohingya. L’ambassadeur birman auprès du HCDH, Htin Lynn, a d’ailleurs fait savoir, vendredi, que le rapport de la commission nationale serait dévoilé au mois d’août et que la situation dans l’Etat d’Arakan « s’est stabilisée ».

Le Monde avec Agence France Presse - 25 mars 2017