Après trois décennies d’affluence dans les noviciats des congrégations masculines et féminines, on constate une diminution du nombre de jeunes Vietnamiens attirés par la vie consacrée.

« Une chute de près de la moitié ! » Le Père Pierre Van Huyen Tran, maître des novices assomptionnistes du Vietnam, parle sans détour. « Dans les congrégations où, il y a dix ans, on comptait une vingtaine d’entrées chaque année, il n’y en a maintenant guère plus de trois », énonce-t-il.

De semblables constats s’entendent dans la plupart des instituts religieux masculins ou féminins au Vietnam. « Dans les années qui ont suivi notre première fondation ici, en 1996, nous avions plus d’une vingtaine d’aspirants par an, issu à égalité de la ville et de la campagne. Maintenant nous n’en avons qu’une dizaine, venant à 70 % du monde rural », explique le carme Étienne Le Thanh Tuu, responsable de la maison de formation des carmes déchaux à Hô Chi Minh-Ville.

« Depuis 1999, nous avons toujours eu une quarantaine de novices, mais cette année elles ne sont que douze, avec cependant quatre postulantes et sept prépostulantes », ajoute Sœur Jean-Baptiste, de la congrégation des bénédictines de Vanves implantée au Vietnam depuis 1954.

L’élan missionnaire des débuts

Depuis l’ouverture politique du pays, à la fin des années 1980, un grand nombre de congrégations d’origine européenne sont venues fonder des communautés, notamment à Hô Chi Minh-Ville, dans la partie sud du pays, et à Vinh, dans la partie nord – ces deux diocèses étant ceux où l’on compte le plus de catholiques.

« L’élan missionnaire qui fleurit au Vietnam devait profiter à l’Église des autres continents », souffle un missionnaire européen qui préfère garder l’anonymat. Ainsi, dans le seul diocèse d’Hô Chi ­Minh-Ville, on dénombre plus de 200 congrégations, dont 43 non officiellement déclarées.

En trente ans donc, bien des jeunes Vietnamiens issus de familles nombreuses et catholiques, ont embrassé avec enthousiasme la vie religieuse, attirés surtout par les congrégations apostoliques et moins par les instituts de vie contemplative.

Les facteurs de l’essoufflement

Mais aujourd’hui, tous les responsables religieux constatent un tassement des vocations, qu’ils expliquent par le développement économique rapide du pays, la diminution du nombre d’enfants dans les familles et l’accès facilité à l’éducation supérieure.

« Désormais, 80 % des jeunes catholiques font des études, alors qu’il y a encore dix ans, beaucoup d’entre eux, venant de familles pauvres, n’avaient pas les moyens de poursuivre après le lycée », souligne le Père Duy NguyenKhuong, économe et enseignant au scolasticat assomptionniste d’Hô Chi ­Minh-Ville.

La mondialisation est un autre facteur à prendre en compte, car elle pousse les jeunes vietnamiens à partir à l’étranger. Certains pour étudier (surtout en Chine, en Amérique du Nord, en Europe et au Japon), d’autres pour travailler (surtout en Australie, en Corée du Sud, à Taïwan et en Russie). Quant aux jeunes filles, elles partent épouser des Chinois ou des Sud-Coréens. « Dans mon village de Quynh Than de 12 000 habitants, tous les jeunes partent après 18 ans », regrette l’assomptionniste Pierre Van Huyen Tran.

Des vocations plus rares mais plus réfléchies

Enfin, une autre explication est peut-être à chercher dans la « concurrence » que se font les instituts religieux entre eux : les congrégations implantées récemment séduisant souvent davantage que celles implantées depuis plus longtemps et qui n’envoient plus systématiquement leurs jeunes se former en Occident.

Néanmoins, cette diminution numérique ne semble pas inquiéter outre mesure l’Église du Vietnam. « Nos vocations diminuent, c’est vrai. Mais notre manière de recruter évolue également : nos jeunes rentrent après au moins trois ans d’études supérieures, et nous faisons plus appel à la liberté et à la maturité des candidates », souligne Sœur ­Marie-­Paulette Alaux, oblate de l’Assomption et maîtresse des novices à Hô Chi Minh-Ville. Dans la maison qu’elle anime, on compte deux novices en seconde année, trois en première année, six postulantes et douze aspirantes.

« Les parents sont honorés de donner un enfant à l’Église »

Sœur Maria Hô Thi Quy est la Supérieure générale de la congrégation des amantes de la Croix.

« Au Vietnam, dans les familles catholiques, très impliquées dans la vie de paroisse, on prie et on parle de Jésus. L’image de la vie religieuse est positive, si bien que les parents sont honorés de donner un enfant à l’Église. Dans le seul diocèse de Vinh, notre congrégation compte 700 professes et 500 novices et regardantes. J’observe cependant une petite diminution des entrées : 45 cette année, au lieu de 70 il y a cinq ans. Généralement, nos jeunes entrent vers 18 ans. Après deux années de noviciat, puis deux années d’études théologiques, elles prononcent leurs vœux définitifs au bout de six ans. »

Par Yves Kerihuel - La Croix - 8 mai 2017


Deux prêtres du diocèse de Vinh sont la cible d’une campagne de diffamation orchestrée par les autorités provinciales

Deux prêtres du diocèse de Vinh sont aujourd’hui dans le collimateur des autorités civiles locales. Les deux prêtres, le P. Dang Huu Nam et le P. Nguyên Dinh Thuc, respectivement curés des paroisses de Phu Yên et de Song Ngoc, ont, les mois derniers, pris la tête de la résistance des fidèles catholiques dans leur protestation contre le complexe industriel Formosa, responsable d’une très grave pollution de l’environnement maritime dans la région et contre l’absence ou l’insuffisance d’indemnisation pour certaines des victimes de la catastrophe écologique.

La campagne calomniatrice lancée contre les deux curés de paroisse a été reprise sur tous les médias officiels aussi bien à la télévision, à la radio que sur les journaux contrôlés par le pouvoir. Face à cette attaque sans précédent contre leurs confrères, les membres du clergé local ne sont pas restés sans réaction. Une déclaration signée par de nombreux prêtres a pris leur défense avec vigueur.

Empêcher les activités « anti-Parti » des prêtres catholiques

Tous les médias officiels locaux ont été mis à contribution pour relayer cette campagne. Télévision, radio, journaux provinciaux ont affirmé, la semaine dernière, que le P. Nam menait des activités d’opposition visant à saboter l’Etat vietnamien. Les autorités ont aussi eu recours à d’autres moyens : sur les chemins reliant les diverses communes du district de Quynh Lu sont apparus des pancartes et des tracts portant des inscriptions injurieuses à l’égard de « Monsieur » Dang Huu Nam, curé de Phu Yên. Celui-ci est prié de mettre un terme à ses actions « anti-Parti ». Ont aussi participé à la campagne des associations affiliées au Parti communiste vietnamien, comme celle des anciens combattants. Cette dernière a organisé une réunion pour dénoncer les agissements du prêtre. Une lettre de dénonciation a été envoyée aux autorités civiles ainsi qu’à la Conférence épiscopale et au supérieur du P. Nam. La télévision locale s’est fait l’écho fidèle des débats de cette réunion.

Les griefs du gouvernement contre les deux prêtres ont été explicités dans une émission de radio officielle. « Les deux prêtres, a déclaré le speaker, ont terni l’image de Dieu au Vietnam. » Ils ont incité les fidèles à participer à des marches protestataires dans la région. Ils ont utilisé l’Eglise pour dresser un portrait calomniateur de la situation actuelle du pays. Ils ont répandu l’insécurité et la haine au nom de la défense de l’environnement. L’émission de radio leur reprochait aussi de s’être opposés à l’union du peuple tout entier aussi bien par leurs manifestations que par leur refus de s’associer au 42e anniversaire de l’unification du pays, le 30 avril dernier.

Dix-huit prêtres appartenant aux doyennés voisins ont publié, ce 8 mai, une déclaration réfutant les allégations gouvernementales contre leurs confrères. La lettre affirme que les deux prêtres, en se mettant au service des victimes de la pollution environnementale causée par le complexe sidérurgique Formosa, ont servi leur pays. Selon un des signataires de la déclaration, celle-ci a pour but d’afficher la solidarité des prêtres catholiques et de protéger la justice et la vérité, comme l’avaient fait les deux prêtres, objets de la campagne de dénigrement actuelle.

Agence Eglise d'Asie - 11 mai 2017