Cette proximité est devenue telle qu’elle inquiète certains secteurs de la population thaïlandaise. Elle constitue aussi un repositionnement stratégique radical pour la Thaïlande, qui a longtemps été l’allié privilégié des Etats-Unis en Asie du Sud-Est.

Après le coup d’Etat de 2014, les Etats-Unis avaient pris des sanctions limitées contre la junte thaïlandaise. La coopération militaire bilatérale avait été en partie suspendue. L’exercice militaire conjoint Cobra Gold, qui se tient tous les ans sur le sol Thaïlandais, avait vu son ampleur fortement réduite. Par ailleurs, les visites bilatérales de haut niveau ont été et sont toujours suspendues.

La Chine, elle, a adopté une attitude opposée. Elle n’a pas émis la moindre critique sur la prise de pouvoir par les militaires, ce qui n’étonne personne. Mais surtout, elle a proposé à la Thaïlande de devenir un partenaire économique clé dans le cadre de projets de développement économique régionaux. Les généraux thaïlandais, en mal de légitimité, se sont empressés de picorer dans la main de Pékin. Depuis, la coopération s’est étendue aussi au domaine politique et militaire.

Livraison d'armes et achat de trois sous-marins

Ce qui a été le plus frappant ces derniers mois, ce sont les achats d’armements chinois par la junte thaïlandaise. Le régime militaire a approuvé l’achat d’un sous-marin, le premier d’une série de trois. Il a aussi commandé une trentaine de véhicules de l’avant-blindé et onze chars d’assaut. Une usine de production d’armements chinois doit aussi être installée sur le sol thaïlandais.

L’achat des sous-marins a été très critiqué par les médias thaïlandais et par les milieux politiques, à cause du coût important, environ un milliard d’euros, à un moment où l’économie du pays stagne. Par ailleurs, à un niveau plus politique, les autorités thaïlandaises laissent les agents chinois arrêter les dissidents qui se trouvent sur le sol thaïlandais et les rapatrier.

Faire du Mékong un canal

La coopération accrue entre les deux pays ne manque pas de faire réagir les Thaïlandais. En particulier sur ce qui concerne l’exploitation du fleuve Mékong, qui prend sa source en Chine et traverse plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande. Pékin veut dynamiter les îlots du Mékong dans le nord de la Thaïlande pour permettre aux navires commerciaux chinois de plus de 500 tonnes d’utiliser le fleuve comme un canal. La junte thaïlandaise a donné le feu vert pour que les Chinois fassent des études pour préparer l’opération.

Cela a provoqué une vague de protestations parmi les villageois thaïlandais qui habitent sur les rives du Mékong et parmi les organisations de protection de l’environnement. Cette intrusion chinoise dans le Bas-Mékong inquiète aussi les pays d’Asie du Sud-Est qui ont des contentieux avec la Chine, particulièrement le Vietnam.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 31 mai 2017