Le poids des jeunes sera considérable sur les élections locales qui se jouent aujourd'hui. 70 % de la population du pays a moins de 30 ans.

Pour la dernière journée de campagne des élections communales, Sophea s'est levée à 5 h du matin. Avec une amie, elle attend sur sa moto qu'arrive le cortège du Parti du peuple cambodgien (PPC) mené par le Premier ministre Hun Sen.

À 22 ans, Sophea n'a connu que lui à la tête du pays. La politique ne la passionne pas mais sortir s'amuser avec d'autres jeunes la motive, avoue-t-elle : « Les autorités locales nous ont demandé de venir. Mais on votera pour qui on veut ! »

Les dents des opposants...

70 % de la population du pays a moins de 30 ans. Depuis le coup de semonce des législatives de 2013, où le principal parti d'opposition, le Parti du sauvetage national (PSN), avait été porté par l'élan de cette jeunesse, le PPC a veillé à dorloter les réseaux de l'Union des fédérations de la jeunesse du Cambodge (UFJC).

Apprécié pour sa simplicité, le président de l'Union, Hun Many - qui n'est autre que l'un des fils du Premier ministre - a pris soin d'encourager les initiatives culturelles en tous genres. Les fêtes du Nouvel An près des temples d'Angkor, très populaires chez les jeunes, ont été agrémentées d'un show avec le plus grand madison du monde... « Sous l'étiquette culturelle, c'est comme un filet de pêche du parti », confie Sophea.

La fête n'est pas tout. L'Union aide aussi les jeunes à décrocher un emploi : « Celui qui est pris dans la nasse est redevable », observe la jeune fille. Difficile, ensuite, de ne pas donner sa voix au PCC...

À un an des législatives, ces élections communales sont un test grandeur réelle pour les partis. Face au rouleau compresseur du PPC et à ses menaces de « casser les dents » de ceux qui contesteront le résultat du vote ; le PSN veut croire que son heure est enfin venue. Ce parti d'opposition ne compte pourtant plus les entraves judiciaires et les pressions dont il est l'objet depuis des mois.

Par Anne Laure Porée.- Ouest France - 4 juin 2017


Elections municipales au Cambodge: test pour l'homme fort au pouvoir

Des millions de Cambodgiens se sont déplacés dimanche pour des élections municipales vues comme un test de popularité pour l'homme fort du régime, Hun Sen, au pouvoir depuis des décennies, avant des législatives en 2018.

"J'ai voté pour le changement, je veux essayer de nouveaux dirigeants", explique Tara, ouvrière textile de 30 ans, interrogée par l'AFP à sa sortie d'un bureau de vote de la capitale, Phnom Penh.

Elle a voté pour le Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP), principale formation d'opposition, qui fait le plein des voix auprès des jeunes électeurs de ce pays où 70% de la population a moins de 30 ans.

Surfant sur le ras-le-bol d'une système notoirement corrompu, le CNRP rêve de mettre fin à la domination du parti de Hun Sen, sans partage depuis plus de trente ans, avec ce scrutin organisé dans plus de 1.600 communes de ce pays d'Asie du Sud-Est.

Hun Sen, ex-combattant Khmer rouge et Premier ministre depuis 1985, a quant à lui mis son bulletin dans l'urne dans une banlieue de Phnom Penh dès l'ouverture des bureaux de vote, sans un commentaire.

Il s'agit du premier scrutin national depuis des élections législatives, en 2013, que l'opposition accuse Hun Sen d'avoir manipulées en faveur de son parti, le Parti du peuple cambodgien (CPP), afin de masquer son désaveu dans les urnes. De grandes manifestations avaient suivi.

Traumatisme

Le CNRP, dont le chef, Sam Rainsy, a choisi l'exil pour échapper à des poursuites judiciaires qu'il dénonce comme politiques, accuse le pouvoir d'être de plus en plus répressif et corrompu.

Hun Sen a en effet savamment manoeuvré pour couper les ailes du CNRP en multipliant les poursuites judiciaires contre ses opposants qui avaient réussi une poussée aux élections législatives de 2013.

Le successeur de Sam Rainsy à la tête du CNRP, Kem Sokha, a échappé de peu à des poursuites judiciaires lui aussi.

"De plus en plus de gens soutiennent le CNRP", a-t-il assuré dimanche après avoir voté dans une école de Phnom Penh. Il s'est dit certain de pouvoir faire un score de 60% si les élections ne sont pas truquées.

Hun Sen, habitué des déclarations fracassantes et des menaces, a quant à lui récemment affirmé qu'"une guerre éclaterait" si le CPP perdait le pouvoir et si sa famille, accusée d'avoir fait main basse sur l'économie, était poursuivie par l'opposition.

Hun Sen n'a de cesse de répéter que s'il devait quitter le pouvoir, le pays serait déstabilisé.

Et le message fonctionne auprès d'une large partie de la population, encore traumatisée par la guerre civile et la période noire des Khmers rouges.

"J'ai besoin de paix, de stabilité et de développement", explique Rath Chy, un électeur de 68 ans ayant voté pour le parti de Hun Sen, interrogé par l'AFP.

Agence France Presse - 4 juin 2017