Une sentence d’une sévérité extrême pour avoir posté sur Facebook une dizaine de messages, photos ou vidéos concernant la famille royale. Et une première sous le règne du nouveau roi, Maha Vajiralongkorn, monté sur le trône en décembre 2016 à 64 ans sous le nom de Rama X, après la mort de son père Bhumibol.

Dans un pays où le roi est une figure semi-divine adorée par la plupart des 67 millions d’habitants, toute critique ou moquerie de la famille royale, chien compris, est très mal vue. Mais le prétexte de «lèse-majesté» est aussi une arme absolue contre toute revendication républicaine et toute critique de l’immense fortune amassée par la famille de Bhumibol, mort à l’automne dernier après 70 ans de règne. Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires à la suite d’un coup d’Etat en mai 2014, les poursuites pour ce motif se sont multipliées. Les années de prison pleuvent pour un graffiti dans des toilettes ou la vente d’un livre d’occasion.

Sept ans de prison pour chaque post Facebook

On ne peut savoir ce que contiennent les messages postés par Vichai Thepwong, un vendeur d’assurances qui avait été arrêté dans la ville de Chiang Mai en 2015, car les médias qui les évoqueraient tomberaient eux aussi sous le coup de l’article 112, qui punit l’insulte à la monarchie. L’accès du tribunal avait été interdit à la presse. L’homme a été condamné à sept ans de prison pour chaque post, et la peine a été réduite de moitié car il a plaidé coupable. Le même jour, la cour a condamné à cinq ans de prison, ramenés à deux ans et demi pour la même raison, un tailleur identifié sous le nom de Chaliew, pour des propos «diffamatoires pour la famille royale» tenus sur une radio en ligne. Chaliew se trouvait en détention préventive depuis trois ans.

D’après la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), une centaine de personnes sont en prison pour «lèse-majesté», y compris un adolescent de 14 ans accusé d’avoir mis le feu à un portrait du roi défunt. Un avocat thaïlandais spécialiste des droits de l’homme risque de son côté jusqu’à cent cinquante ans de prison pour une dizaine d’accusations de diffamation. L’avocat de Vichai Thepwong a expliqué qu’il tentera de demander une grâce royale. L’anniversaire de Rama X, le 28 juillet, pourrait être l’occasion d’alléger de quelques années sa peine. Ou bien l’incinération de Rama IX, prévue en octobre, plus d’un an après sa mort.

Par Laurence Defranoux - Libération - 9 juin 2017


Thaïlande: 35 ans de prison pour avoir critiqué la monarchie sur Facebook

L'accusé avait posté sur le réseau social des contenus jugés insultants et diffamatoires à l'encontre du roi. Il a été condamné pour crime de lèse-majesté.

Interdiction de toucher au roi. En Thaïlande, un homme de 34 ans a été condamné à 35 ans de prison par un tribunal militaire de Bangkok pour avoir critiqué le monarque Maha Vajiralongkorn et la famille royale. Il avait partagé via Facebook des photos et des vidéos jugées insultantes par la cour.

L'homme a été reconnu coupable de dix chefs d'accusation et s'est vu condamné à sept ans de prison pour chacun d'entre eux. Il a ainsi écopé d'une peine de 70 ans de détention, mais celle-ci a été ramenée à 35 ans à la suite des aveux de l'accusé. Il s'agit tout de même de l'une des plus lourdes condamnations prononcées dans le pays pour un crime de ce type.

Condamnations opaques

L'homme, dont le nom n'a pas été communiqué pour éviter que sa famille ne soit ostracisée, avait été repéré par une cellule appelée iLaw et spécialisée dans la traque des personnes diffamant en ligne la famille royale. L'homme avait d'abord refusé d'avouer, ce qui l'avait conduit a passer plus d'un an en détention provisoire.

Depuis le coup d'Etat qui a secoué le pays en 2014 et propulsé au pouvoir la junte militaire, le nombre de personnes poursuivies pour crime de lèse-majesté est en hausse constante. Plus de 100 personnes auraient ainsi été envoyées en prison ces trois dernières années, et ce à l'issue de procès opaques. Les crimes de ce type étant jugés par des cours de justice militaires, à l'abri des regards. La presse est en effet systématiquement écartée de tels procès.

L'Express (.fr) - 9 juin 2017