Prayuth Chan-ocha, chef de la junte militaire thaïlandaise, a utilisé “ses pleins pouvoirs pour lever tous les blocages légaux qui empêchaient la Chine de prendre en charge les étapes de la construction d’une ligne de chemin de fer à grande vitesse”, s’étonne le quotidien Khao Sod. L’annonce, faite le 15 juin par Prayuth Chan-ocha, exempte le projet chinois du respect de dix lois et ordonnances thaïlandaises, notamment en ce qui concerne les règles de transparence dans les marchés publics, précise le journal. Avec cette “entorse” aux règles, Bangkok cherche à s’attirer les bonnes grâces et les investissements du géant régional.

La construction de la ligne, prévue pour relier la capitale Bangkok à la ville de Nakhon Ratchasima, située à 252 kilomètres, dans le nord-est du pays, est envisagée depuis 2011. Mais les accords entre la Chine et la Thaïlande peinaient à voir le jour, notamment en raison de l’obligation faite aux contractants de parler thaï.

Le ministre des Transports thaïlandais doit désormais déléguer l’ensemble du projet à un consortium chinois – qui assurera l’intégralité du processus, depuis les études en passant par la réalisation et la fourniture de main-d’œuvre sur le chantier –, outrepassant ainsi les règles de passation des marchés publics.

Pleins pouvoirs et transparence

Le Premier ministre a eu recours à l’article S44 de la Constitution, qui lui assure tous les pouvoirs afin de faire avancer ce dossier. Raison invoquée : le projet, évalué à 4 milliards d’euros, peinait à voir le jour depuis 2011. Dès son arrivée au pouvoir, la junte avait fait du développement des infrastructures une priorité.

“L’inconnue majeure désormais, c’est de savoir qui assurera la transparence dans ce projet”, alerte Umesh Pandey, éditorialiste au Bangkok Post. D’autant que, poursuit le commentateur, les autorités qui sont chargées d’assurer cela, notamment le ministère des Transports et le gouvernement, “tremblent après le recours au S44 pour accélérer le processus”. Pour le quotidien, ce choix “clôt tout débat et outrepasse le système de contrôle qui doit assurer que la Thaïlande dispose du meilleur contrat”.

Par ailleurs, poursuit le Bangkok Post, cette décision survient alors que le gouvernement devrait désormais “gérer les affaires courantes”. Au pouvoir depuis le coup d’État de mai 2014, la junte militaire a, en effet, promis un retour aux urnes pour fin 2018.

Un gouvernement de transition devrait maintenir le statu quo et ne pas entreprendre de grandes politiques qui engagent les ressources du pays pour les années voire les décennies à venir, comme c’est le cas pour le projet avec la Chine.”

Aller vite avant les élections de 2018

Face aux réactions de ceux qui dénoncent le manque de transparence dans ce dossier, le vice Premier ministre, Wissanu Krea-ngam, a tenté de rassurer. Il a notamment voulu apaiser les associations des ingénieurs et des architectes, très mécontents de voir leurs homologues chinois rafler la mise, précise The Nation. Il a également annoncé que le contrat inclurait un transfert de connaissances entre les ingénieurs chinois et thaïlandais.

Pas certain que cela suffise. En attendant, Prayuth semble pressé d’avancer. “Il espère que les travaux démarrent avant son départ pour le sommet des Brics à Xiamen, en Chine, prévu en septembre”, affirme le Bangkok Post.

Courrier International - 21 juin 2017