Yingluck Shinawatra, dont le gouvernement a été renversé par un coup d'Etat militaire en mai 2014, risque dix ans de prison pour négligence.

C'est la première fois en Thaïlande qu'un chef de gouvernement est jugé pour une politique mise en place sous son mandat.

Après un an et demi de procès, les derniers témoins ont été entendus vendredi. Yingluck Shinawatra, qui avait demandé à pouvoir s'exprimer une dernière fois devant le tribunal, "sera entendue le 1er août et le verdict sera rendu le 25 août", a annoncé la cour.

Le jugement sera définitif, aucun appel n'étant possible devant la cour suprême thaïlandaise.

Des larmes plein les yeux, l'ex Première-ministre s'était longtemps arrêtée vendredi matin, avant d'entrer dans le tribunal, pour étreindre ses partisans venus en nombre la soutenir malgré l'interdiction de rassemblement.

"Je veux vous remercier tous d'être venus me soutenir", a-t-elle simplement déclaré avant d'entrer.

Encadrés par 200 policiers, quelque 500 soutiens s'étaient rassemblés. Nombre d'entre eux avaient une rose rouge à la main, la couleur des partisans de la famille Shinawatra, certains des portraits de Yingluck.

Yingluck avait été mise en examen en février 2015 pour négligence pour avoir organisé un programme de subvention de riz.

L'ex-Première ministre a toujours défendu sa politique de subvention aux riziculteurs, estimant qu'il s'agissait d'une aide nécessaire pour soutenir les agriculteurs pauvres qui reçoivent historiquement peu d'aide du gouvernement.

"Cette politique était faite pour aider les fermiers et maintenant elle se retrouve au tribunal. C'est un déni de justice", s'est inquiétée Wimol Krauwal, 60 ans, venu spécialement de la province de Ratchaburi, à trois heures de Bangkok.

"Avec la politique de Yingluck, le gouvernement achetait le riz et les fermiers pouvaient vivre correctement. Aujourd'hui c'est un combat", affirme Nantha Phunen, rizicultrice qui se dit couverte de dettes.

Bien que populaire dans les bastions ruraux des Shinawatra, ce programme s'est révélé économiquement désastreux et a laissé au pays des stocks massifs de riz invendu.

Malgré les dénégations de l'armée, les accusations d'arrières-pensées politiques sur ce procès sont largement partagées.

La junte militaire, qui a pris le pouvoir en mai 2014 par un coup d'Etat, est accusée de vouloir sortir définitivement Yingluck du jeu politique, avant d'hypothétiques élections annoncées à l'horizon 2018.

Ce n'est pas la première fois que la puissante famille Shinawatra, qui a remporté toutes les élections nationales depuis 2001, est l'objet de poursuites dénoncées comme politiques, dans un pays sans tradition de séparation des pouvoirs.

Le frère de Yingluck, Thaksin Shinawatra, ex-Premier ministre lui aussi balayé par un coup d'Etat en 2006, vit en exil depuis plusieurs années pour échapper à une peine de deux ans de prison pour corruption.

La Thaïlande, profondément divisée entre pro et anti-Shinawatra, est confrontée à une crise politique récurrente.

Agence France Presse - 21 Juillet 2017