L'homme de 42 ans voulait installer la copie d'une plaque, célébrant la révolution de 1932 qui a mis fin à la monarchie absolue, et qui a mystérieusement disparu en avril, créant un choc dans les milieux progressistes de Bangkok.

Scellée dans la chaussée, elle portait une phrase: "c'est ici, dans la matinée du 24 juin 1932, que le parti du peuple a donné naissance à la Constitution pour le progrès de la nation".

Début avril, des étudiants ont constaté qu'elle avait été volée et remplacée par une autre plaque, flambant neuve, appelant les Thaïlandais à soutenir le bouddhisme et la monarchie.

"Je voulais remettre une nouvelle plaque mais je savais bien que cela allait être très compliqué", raconte-t-il à l'AFP, un sourire malicieux sur les lèvres.

Un acte de rébellion solitaire et dangereux dans un pays où toute critique de la monarchie est très sévèrement punie. La monarchie thaïlandaise a d'après les textes un rôle politique limité mais elle exerce en coulisse une influence significative et elle est protégée par l'une des lois de lèse-majesté les plus strictes au monde.

Depuis le coup d'Etat de 2014, plus de 100 personnes ont été inculpées pour ce crime.

Connue sous le nom d'"article 112", la très stricte loi thaïlandaise sur les crimes de lèse-majesté prévoit de 3 à 15 ans de prison pour quiconque diffame le roi, la reine, son héritier ou le régent, pour chaque délit.

Ancien vendeur de billets de loterie, Ekachai Hongkangwan a fait trois années de prison pour lèse-majesté en 2011.

Il avait été condamné pour avoir traduit en thaïlandais des câbles du département d'Etat américain et des articles de la presse internationale peu flatteurs pour Maha Vajiralongkor, prince héritier à l'époque, devenu roi en décembre dernier.

- 'Réécrire l'histoire' -

Depuis sa libération, Ekachai Hongkangwan était resté éloigné des manifestations et de la politique, choisissant de mettre sur pied une fondation pour aider les personnes poursuivies pour lèse-majesté.

Mais la disparition de la plaque l'a fait sortir de sa retraite.

"C'est un symbole de la démocratie. Et ils veulent réécrire l'histoire", estime-t-il, une réplique de cette plaque à la main. Elle lui a été rendue quand il a été libéré sans qu'aucune charge ne soit finalement retenue contre lui.

Les responsables de la junte et la police ont expliqué ne pas savoir ce qui est arrivé à la plaque d'origine. Une affirmation difficile à croire puisqu'elle se trouvait sur une place proche du palais, dans un quartier de la ville quadrillé par les caméras et la police.

Cette plaque est un "écueil sur la route du récit royaliste de la Thaïlande", estime Thitinan Pongsudhirak, un expert en politique de l'Université Chulalongkorn.

"Mais maintenant, sa disparition controversée a conduit à une sorte de renaissance du mouvement politique de juin 1932 qui avait mis un terme à l'absolutisme et permis l'avènement de la monarchie constitutionnelle", ajoute-t-il.

"Je ne suis pas opposé à la monarchie mais nous devrions pouvoir émettre des critiques", explique Ekachai Hongkangwan, qui comme de nombreux Thaïlandais a un portrait du défunt roi Bhumibol Adulyadej, accroché chez lui.

Son combat porte donc sur la réforme de la loi sur le lèse-majesté, qui empêche d'enquêter sur la famille royale et oblige les médias à s'autocensurer.

Beaucoup de ceux qui plaidaient il y a quelques années pour une réforme de la loi se taisent aujourd'hui ou sont en fuite à l'étranger.

Et malgré l'arrivée d'un nouveau roi en décembre, les choses ne semblent pas avoir changées.

Ces dernières semaines, la police a procédé à l'arrestation de plusieurs groupes accusés de diffamation. Et dans les semaines qui viennent, un homme sera jugé pour avoir publié sur Facebook un commentaire sarcastique sur le chien de Bhumibol.

Agence France Presse - 24 Juillet 2017