Cela s'inscrit dans une tentative de régler les problèmes récurrents de congestion et de pollution dans la capitale du Vietnam. Un plan contesté qui divise profondément la population, car la moto reste le principal moyen de transport dans cette ville de près de 8 millions d’habitants.

La volonté première du gouvernement vietnamien est de lutter contre la pollution de l’air. Selon des experts, le Vietnam figurerait parmi les pires pays du monde en la matière. De plus, d’auprès des statistiques publiées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cela causerait le décès prématuré de prés de 44 000 Vietnamiens par an sur une population d’environ 94 millions d’habitants.

Dans le viseur des autorités : les usines a charbon qui nourrissent la croissance économique de 6 % par an en moyenne depuis le début des années 2000, mais aussi le boom des deux-roues depuis deux décennies. On estime aujourd’hui à près de 40 millions le nombre de deux-roues en circulation sur les routes vietnamiennes.

Les citoyens montent au créneau

Avec l’émergence de la classe moyenne qui devrait doubler d’ici 2020 pour passer de 16 à 33 millions de personnes et contribuer à l’augmentation des immatriculations (un marché en croissance de 27 % d’une année à l’autre), les autorités ont de sérieuses raisons de s’inquiéter, alors que les rues de Hanoi sont déjà paralysées par des embouteillages à faire pâlir la capitale française aux heures de pointe.

Dans un pays où l’information reste contrôlée, les principales réactions visibles ont eu lieu sur les réseaux sociaux et cette décision a été au cœur de nombreux débats. Pour se prémunir des critiques éventuelles, le ministère des Transports a mis en avant une enquête qu’il aurait mené auprès d’un échantillon de 15 000 personnes. Enquête selon laquelle 90 % des personnes interrogées se seraient déclarées en faveur du plan d’interdiction des deux-roues, mais de très nombreux internautes ont mis en cause l’authenticité de cette enquête.

Des transports en commun peu développés

En l’état, les transports publics sont très limités à Hanoi. Selon une autre étude, les transports en bus ne comptabilisent aujourd’hui que 12 % de l’ensemble des déplacements. Bien que les autorités ont annoncé vouloir mettre en service de nouveaux bus, la difficulté reste la même puisque le nombre de motos en circulation à Hanoi devrait passer de 5 à 10 millions. Hanoi devait également être relié en métro à Hô Chi Minh-Ville. Une inauguration prévue initialement cette année, mais qui ne cesse d’être reportée.

Face aux critiques, les autorités ont déjà revu leurs ambitions à la baisse. L’utilisation des deux-roues ne serait plus totalement interdite, mais strictement limitée, et ce, dans plusieurs quartiers bien desservis en transports publics. En tout état de cause, même si cette mesure se limite pour l’heure à un effet d’annonce, elle témoigne d’une vraie prise de conscience des autorités face aux problèmes environnementaux, qui au-delà des effets néfastes sur la santé de la population, risque également, à terme, de freiner la croissance du pays.

Par Frédéric Noir - Radio France Internationale - 31 juillet 2017