Vendredi 28 juillet, le pasteur Nguyên Công Chính, 49 ans, a été libéré de la prison d’An Phước, dans le district de Phú Giáo (province de Bình Dương, au sud du Vietnam). La Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a exprimé son « soulagement », en apprenant cette libération par le gouvernement vietnamien cinq années plus tôt que prévu.

Ce pasteur mennonite avait été condamné en 2011 à onze années de détention pour « atteinte à la politique d’unité nationale ».

La libération du pasteur Chinh étant conditionnée par son exil immédiat aux États-Unis, avec sa femme et ses cinq enfants – si jamais il revenait au Vietnam, il devrait purger le restant de sa peine – la famille est arrivée aux États-Unis dès le lendemain, après que le gouvernement américain a accordé au pasteur la liberté conditionnelle humanitaire.

« Le gouvernement vietnamien a finalement bien agi bien en libérant le pasteur Chinh. Il n’aurait jamais dû être emprisonné au seul motif de pratiquer sa foi », a déclaré Jackie Wolcott, directeur de l’USCIRF. « Le pasteur Chinh a été faussement accusé et emprisonné et traité cruellement, comme le sont d’innombrables autres membres d’Églises et militants des droits de l’homme qui continuent à être harcelés, retenus et torturés au Vietnam. »

Accusé de relations avec des « groupes réactionnaires »

Arrêté en avril 2011, à Pleiku, dans la province de Gia Lai, dans la région montagneuse du centre du pays (où les minorités ethniques protestantes sont assez nombreuses), le pasteur avait été accusé d’avoir entretenu des relations avec des « groupes réactionnaires » – vocable généralement réservé par le régime communiste de Hanoï aux opposants de la diaspora – et d’avoir collecté et diffusé des documents antigouvernementaux.

Lors de son procès, qui avait duré une journée en mars 2012, le tribunal provincial avait affirmé que le pasteur avait « déformé la situation intérieure, calomnié le gouvernement, l’État et l’armée par des interviews avec les médias étrangers ».

L’Eglise mennonite n’est pas autorisée par Hanoï.

Mauvais traitements et privations de droits

Pendant sa détention, le pasteur a fait l’objet, de la part de l’administration pénitentiaire, de mauvais traitements : longs mois à l’isolement ; interdiction d’acheter de la nourriture supplémentaire à la cantine ; interdiction d’appeler chaque mois au téléphone sa famille ; refus de soins médicaux… Il a fait plusieurs grèves de la faim, qui ont contribué à détériorer davantage encore sa santé.

Avant d’être arrêté, le pasteur mennonite avait été plusieurs fois victime d’intimidations de la part des forces vietnamiennes. En janvier puis en septembre 2004, des dizaines de policiers avaient attaqué sa chapelle faisant office de maison familiale, dans la région montagneuse de Kontum. Durant la seconde attaque, les policiers avaient confisqué tous ses biens et animaux de ferme, puis brûlé maison et chapelle.

Et en 2002, le pasteur Chinh et d’autres mennonites de Kontum s’étaient vus confisquer leur permis résidentiel, ce qui rend difficile l’accès légal à un emploi, aux transports, à la location ou l’achat d’un domicile…

Par Claire Lesegretain - La croix - 2 Août 2017