De nombreux jeunes ont assisté à cette présentation, où étaient également présents Sok Visal et Davy Chou. A cette occasion, nous avons rencontré le réalisateur franco-cambodgien de Diamond Island pour connaitre son avis sur le marché du film au Royaume et son expérience dans la distribution cambodgienne.

Votre dernier film, Diamond Island a bien fonctionné en France alors qu’il a moins bien marché au Cambodge. Qu’est-ce que vous pouvez nous dire de votre expérience de la distribution d’un film au royaume ?

Tout d’abord, j’étais hyper heureux d’avoir réussi à le sortir au Cambodge. Mon premier film Le sommeil d’or, je n’avais même pas réussi à le diffuser en salle : à l’époque, cela paraissait vraiment difficile aux cinémas de sortir un documentaire. Avec Diamond Island, le contexte était diffèrent : c’était une fiction, donc plus facile à sortir et le cinéma s’est développé au Cambodge, ces dernières années. Je dois la sortie du film au « boss » de Sabay, qui a tout de suite soutenu mon projet et qui en a parlé à la future société distributrice de mon film, joint-venture créée notamment par Sabay. Cette société venait d’ouvrir pour diffuser des films cambodgiens au Cambodge. La création de cette entreprise est d’ailleurs une super nouvelle pour l’industrie.

La distribution a été cependant difficile, car nous n’avions que très peu de moyens et de temps, je ne suis revenu au Cambodge que deux semaines avant la sortie du film. Or sur un film, comme celui-là sans acteur connu, il est primordial de faire beaucoup de communication, de générer du buzz si l’on souhaite toucher la cible, les jeunes urbains qui ont envie de voir quelque chose de nouveau. Malgré le peu de publicités que nous avons effectué, nous avons fait 3.000 entrées, ce qui n’est pas si mal pour un film d’auteur au Cambodge. Bien sûr, dans mes rêves, j’aurais préféré mieux faire monter la sauce et que tous les jeunes cambodgiens aient entendu parler de mon film.

Avec plus de moyens et de temps, pensez-vous donc que vous auriez pu faire mieux ?

Je ne sais pas. Il faut noter que le challenge était très difficile. Le public cambodgien actuel est encore peu expérimenté. Diamond Island avec son rythme particulier et son scénario ‘avec des trous’ n’est clairement pas un film commercial. Ainsi, il est très difficile d’attirer un public plutôt novice vers ce genre de films.

Selon vous, quelles sont les spécificités du Cambodge par rapport au marché européen ?

En tant que spectateur, j’ai remarqué que le goût du public est très spécifique. Par exemple, le film Dunkirk, qui a été un carton aux Etats-Unis n’a pas rencontré un franc succès ici : il n’y avait pas d’acteur connu et de la guerre, ce n’est pas du tout ce que les gens veulent voir. En revanche, Fast & Furious cartonne ici. Les films d’horreur comme Inferno marchent aussi super bien : le public en raffole. Malgré le fait qu’ils n’aient pas fait de retour sur investissement, le succès local de Jailbreak, qui était un projet ambitieux est un très bon signe car cela montre que le marché peut changer et que le public cambodgien tend à ne plus se limiter aux films d’action. Cette réussite pousse les réalisateurs à tenter de créer des choses plus originales et j’espère que l’on verra cela dans les prochaines années.

Quand pensez-vous que le public sera assez mature pour aller voir massivement des créations originales ?

Ce que je pense, c’est que le public change car plus on voit de films, plus on acquiert une culture cinématographique et plus on est disposé à voir de nouvelles choses. Le public ne va cependant pas changer seul. Les actions des cinéclubs, comme Bophana ou l’Institut français permettent de sensibiliser le public à de nouveaux regards. Enfin, les programmateurs des cinémas ont un rôle-clé à jouer dans ce changement.

Exporter un film en cambodgien sur le Cambodge en Europe, est-ce facile ?

C’est très difficile. Le film doit vraiment sortir du lot en faisant par exemple beaucoup parler dans les festivals. Pour Diamond Island, nous avons fait 38.000 entrées, ce qui est pour un film cambodgien d’auteur très enthousiasmant. Cependant, cela n’a pas été facile. La stratégie du distributeur de sortir d’abord le film à Cannes ce qui a permis des retombés « presse » a donc été payante.

Enfin, il y avait beaucoup de jeunes dans la salle. Y-a-t-il donc beaucoup de jeunes réalisateurs cambodgiens ?

Plein. Et cela me rend d’ailleurs très heureux. Quand je suis arrivé ici en 2009, ce n’était pas du tout le cas. Maintenant, de nombreux jeunes commencent à faire leurs courts métrages, avec les moyens du bord. Comme il n’y a pas d’école de cinéma au Cambodge, ils se forment ‘sur le tas’, donc cela va prendre du temps mais il y en a de plus en plus et c’est très encourageant.

Par Morgan Havet & Adrien Allamand - Lepetitjournal.com - 7 août 2017