La Chine a réussi à dicter sa loi lors du sommet des ministres des affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) qui s’est tenu à Manille samedi 5 et dimanche 6 août. Le Vietnam, désormais seul pays de la région à faire de la résistance contre l’imperium chinois, s’était employé, durant des jours, à convaincre les neuf autres membres de l’Asean de trouver un langage commun de fermeté vis-à-vis de Pékin au sujet de la construction controversée d’îlots artificiels en mer de Chine du Sud, une zone disputée entre plusieurs pays de la région.

Mais las. Le communiqué commun, diffusé dimanche en fin de soirée, a été formulé de manière à ne pas offenser le grand et sourcilleux voisin du Nord. « C’est une spectaculaire victoire diplomatique pour la Chine », a résumé Richard Javad Heydarian, professeur de sciences politiques à l’université de La Salle, à Manille. « Ce communiqué est le résultat significatif de notre effort collectif », a déclaré le ministre des affaires étrangères chinois, Wang Yi, qui participait au sommet.

Filet d’eau tiède diplomatique

Le texte commun se contente de rappeler que les ministres des affaires étrangères des pays de l’Asean, ce regroupement régional notoirement divisé, ont « longuement discuté des questions relatives à la mer de Chine du Sud et pris note des préoccupations exprimées par certains ministres à propos des constructions artificielles dans la zone, constructions qui ont eu pour conséquence d’accroître les tensions et pourrait menacer la paix, la sécurité et la stabilité régionale ».

La Chine n’est mentionnée à aucun moment et le vocabulaire de fermeté à l’égard de Pékin, défendu dans les tractations en marge du sommet par le ministre des affaires étrangères vietnamien, Pham Binh Minh, n’aura donné lieu qu’à une sorte de filet d’eau tiède diplomatique.

Une première version du communiqué proposé par le Vietnam, dont Le Monde avait pu lire une copie, s’alarmait très clairement du fait que les îlots artificiels construits par les Chinois dans les îles Spratleys puissent être exploités « à des fins militaires ». Pékin a également obtenu que la perspective de l’établissement d’un hypothétique « code de conduite » régional avec la Chine, destiné à prévenir d’éventuels incidents, ne soit pas « juridiquement contraignant ».

Le soutien des alliés de la Chine

Pour assurer son succès diplomatique, la Chine a pu compter sur d’indéfectibles alliés au sein de l’Asean, dont au premier chef le Cambodge et son premier ministre, Hun Sen. Son pays est bénéficiaire de la « diplomatie du chéquier », amplement pratiquée par Pékin. Longtemps critiques à l’égard de la Chine, les Philippines du président Rodrigo Duterte ont désormais changé de camp et jouent plus ou moins le jeu de Pékin. Quant à la Malaisie et à son premier ministre, Najib Razak, empêtré dans d’embarrassantes affaires de corruption, il penche désormais vers la Chine.

Reste le Vietnam, vieil adversaire de l’empire du Milieu, qui l’occupa pendant mille ans – jusqu’en l’an 938. Hanoï est désormais isolé au sein de l’Asean dans sa velléité de résistance contre la Chine. Comme le dit Carl Thayer, professeur émérite à l’université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie) et spécialiste du Vietnam : « La situation du Vietnam est précaire, car les autres Etats membres de l’Asean ne veulent pas être la cible de la colère de Pékin. »

Par Bruno Philip - Le Monde - 7 Août 2017


Le Vietnam doit changer d'attitude et promouvoir la paix en mer de Chine méridionale

Dans un communiqué conjoint publié dimanche soir, les ministres des Affaires étrangères de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ont salué les réussites économiques et sécuritaires de la Chine et de l'ASEAN l'année dernière, toutefois, dans une vague d'efforts positifs, le Vietnam s'est distingué.

Les ministres de l'ASEAN ont fait l'éloge du "rôle croissant" de la Chine dans la région, affirmant que la zone continue de récolter les fruits de la forte croissance économique de la Chine.

Sur la question de la mer de Chine méridionale, les ministres ont déclaré que les progrès réalisés pour établir un Code de conduite prouvent que les deux parties peuvent contrôler les désaccords et gérer les différends.

Malgré les attentes partagées et les efforts conjoints de la Chine et de la plupart des membres de l'ASEAN pour apaiser les tensions concernant la mer de Chine méridionale, le Vietnam a tenté d'imposer ses propres objectifs dans un projet de communiqué, a confié à Xinhua une source proche de la réunion.

Le Vietnam, qui a commencé à récupérer des terres illégalement sur des îles chinoises et des récifs en mer de Chine méridionale depuis les années 1980 et 1990, "a exprimé de sérieuses inquiétudes concernant les développements récents dans la région et a voulu introduire l'idée de 'construction prolongée' dans le projet de communiqué".

Une telle ruse, digne d'un "voleur criant au voleur", et visant à faire pression sur la Chine, était futile puisque la phrase a finalement été abandonnée face à l'opposition d'autres pays de l'ASEAN.

Les faits parlent d'eux mêmes. Le Vietnam est bien le pays qui a occupé des îles, réclamé des terres et appelé à la militarisation en mer de Chine méridionale.

Après des années d'occupation progressive des îles et des récifs chinois, les chiffres montrent que depuis 2007, le Vietnam a accéléré sa récupération de terres à grande échelle sur 21 des îles et des récifs illégalement occupés, et a même construit un certain nombre d'installations militaires en mer de Chine méridionale.

La situation en mer de Chine méridionale s'est largement stabilisée après une année d'efforts conjoints, la Chine et l'ASEAN entretenant une bonne relation. La tentative non constructive du Vietnam d'envenimer la situation, qui s'était déjà améliorée en mer de Chine méridionale, et de semer la discorde entre la Chine et les membres de l'ASEAN, n'est pas la bienvenue dans la région.

Les ministres de la Chine et de l'ASEAN ont adopté dimanche le Code de conduite en mer de Chine méridionale. Une initiative saluée, considérée comme une étape importante vers un code de conduite régional visant à réduire les tensions.

Selon Wilfrido Villacorta, ancien ambassadeur des Philippines et représentant permanent à l'ASEAN, ce code est "un hommage à la Chine en tant que partenaire stratégique de premier plan de l'ASEAN, respectant ses voisins et partageant ses valeurs asiatiques de réciprocité, solidarité et bon voisinage".

Il est grand temps que le Vietnam réajuste son approche et change d'attitude, pour se joindre sincèrement aux efforts des pays de la région pour promouvoir la paix et la prospérité commune en mer de Chine méridionale.

Agence Xinhua - 7 Août 2017