Plus haut responsable américain à se rendre en Thaïlande depuis le putsch, Rex Tillerson n'a pas particulièrement abordé la question des droits de l'homme lors de sa rencontre avec la communauté américaine à la résidence de l'ambassadeur des Etats-Unis. Il a en revanche insisté sur la pérennité d'une relation vieille de deux siècles, qui fait de la Thaïlande le plus ancien allié des Etats-Unis dans la région.

"Nous voulons continuer à développer cette relation, avec ses hauts et ses bas", a-t-il dit.

Au cours de cette visite de cinq heures, le chef de la diplomatie américaine a rencontré le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Don Pramudwinai, puis le chef de la junte, le Premier ministre Prayuth Chan-ocha.

Rex Tillerson a participé au cours du week-end à un forum sur la sécurité régionale organisé par l'Asean (Association des Nations du Sud-Est asiatique) aux Philippines, avec pour objectif prioritaire d'exhorter les pays de la région à tarir les sources de financement de la Corée du Nord.

Il a de nouveau martelé ce message auprès de ses interlocuteurs thaïlandais.

Les Etats-Unis pensent que des sociétés écrans nord-coréennes sont présentes en Thaïlande et ils s'efforcent de convaincre les autorités thaïlandaises de les fermer, a dit Susan Thorton, secrétaire d'Etat adjointe pour l'Asie orientale et le Pacifique.

Ces sociétés se servent de Bangkok comme plate-forme régionale et changent fréquemment de noms, a-t-elle ajouté.

La Thaïlande s'est rapporchée de la Chine

A l'issue de sa rencontre avec Tillerson, le chef de la diplomatie thaïlandaise a déclaré que le commerce entre son pays et la Corée du Nord avait chuté de 94% au cours de l'année écoulée. "La Thaïlande agira en bon élève des Nations unies", a ajouté Don Pramudwinai devant la presse.

Prayuth Chan-ocha a déclaré pour sa part que Bangkok soutiendrait les nouvelles sanctions adoptées samedi contre la Corée du Nord par le Conseil de sécurité des Nations unies, mais il n'a pas évoqué de mesures précises.

Ces sanctions, prises en raison de la poursuite par Pyongyang de ses programmes balistique et nucléaire, pourraient réduire d'un tiers les exportations de la Corée du Nord, laquelle se dit désormais en mesure de frapper le territoire américain.

Des organisations de défense des droits de l'homme ont exprimé leurs craintes face au rétablissement de relations normales entre les Etats-Unis et la Thaïlande, où la junte continue d'étouffer les voix critiques à l'égard de la monarchie et de l'armée.

"Ce serait une erreur de la part de Tillerson de ne pas conditionner des relations diplomatiques positives à des améliorations dans la protection des droits de l'homme", a dit Matthew Smith, de l'organisation Fortify Rights, à Reuters.

L'armée thaïlandaise s'est emparée du pouvoir en mai 2014 après plusieurs mois de crise politique émaillés de manifestations violentes. Elle s'était alors engagée à rétablir à terme un régime démocratique mais des élections n'auront pas lieu avant 2018 et la nouvelle Constitution promulguée cette année permet à l'armée d'exercer une forte influence sur la vie politique du pays.

Depuis le coup d'Etat, la Thaïlande s'est rapprochée de la Chine. Elle a décidé cette année de lui acheter pour plus de 500 millions de dollars de matériel militaire et elle a approuvé la construction d'une nouvelle liaison ferroviaire.

Autre source de friction avec Washington, l'excédent commercial de la Thaïlande à l'égard des Etats-Unis a atteint l'an dernier près de 19 milliards de dollars (16 milliards d'euros).

Le président américain Donald Trump a invité à la Maison blanche Prayuth Chan-ocha, avec lequel il s'est déjà entretenu, mais aucune date n'a été arrêtée pour cette visite à Washington du Premier ministre thaïlandais.

Par Amy Sawitta Lefevre - Reuters - 8 Août 2017