La loi sur les partis politiques vient en effet d'être amendée par le Parlement, dominé depuis des élections controversées en 2013 par le parti de l'homme fort du pays, Hun Sen, au pouvoir depuis plus de trente ans.

Il est désormais interdit aux partis d'"utiliser la voix, les images ou les écrits (...) de personnes condamnées dans des affaires civiles ou criminelles liées à des intérêts politiques".

Un ajout créé sur mesure, dénonce l'opposition, pour Sam Rainsy, le chef du Cambodia National Rescue Party (CNRP), en exil en France pour échapper à des poursuites qu'il dénonce comme politiques.

Mais, face au risque pour les contrevenants (cinq ans d'interdiction de vie politique, voire la dissolution du parti), les militants du CNRP ont dû recouvrir de peinture sombre les milliers de panneaux du parti, jusque dans les plus petits villages.

"Si nous ne retirons pas son image, nous allons avoir des ennuis, ils vont dissoudre notre parti", se désole Bunleng, membre du CNRP de 59 ans qui s'est résolu à retirer une grande affiche avec un portrait de Sam Rainsy qu'il avait mise devant sa maison, dans la banlieue de Phnom Penh.

"Sam Rainsy reste dans le coeur des gens... Son image ne va pas s'effacer de sitôt", assure-t-il.

"Cela va avoir un impact sur la popularité du CNRP, sur le courage des électeurs et des militants", dit craindre Yim Sovann, porte-parole du CNRP, qui avait mobilisé de grandes manifestations après les élections de 2013.

"Je reste un symbole de résistance au régime, et de ce fait, impliqué en politique", assure de son côté Sam Rainsy, qui a la double nationalité cambodgienne et française, interrogé par l'AFP depuis son exil en France.

Sam Rainsy a déjà dû démissionner de son poste de président du CNRP en février, afin de ne pas mettre en danger son mouvement, une personne condamnée ne pouvant diriger un parti.

Le Premier ministre Hun Sen a fixé au 29 juillet 2018 la date des prochaines élections législatives, test majeur pour le dirigeant de 64 ans, qui ne cesse de durcir le ton contre l'opposition et les défenseurs des droits de l'homme.

L'opposition a réalisé une percée remarquée aux élections municipales de juin au Cambodge, un signe inquiétant pour celui qui est au pouvoir depuis la chute des Khmers rouges.

Agence France Presse - 17 Août 2017