Dans l’homélie qu’il a prononcée dimanche 13 août au sanctuaire marial de La Vang, au sud du pays, Mgr Leopoldo Girelli, nonce apostolique de Singapour et représentant non-résident du Saint-Siège au Vietnam, a longuement parlé de l’état de la liberté religieuse dans ce pays.

S’inspirant de la réponse de Jésus aux pharisiens « Rendez-donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22,21), Mgr Girelli a émis le souhait que « les Césars vietnamiens rendent à Dieu ce qui est à Dieu ». Il a également rappelé que l’Église catholique locale devait être vue comme quelque chose de positif, et non comme un élément problématique pour le pays.

Une liberté religieuse fragile

Au Vietnam, depuis la prise du pouvoir par les communistes – en 1954 au Nord, en 1975 au Sud –, la liberté religieuse est précaire. Bien que les textes de loi semblent respecter, expressis verbis, les grands principes de la liberté religieuse, les organisations religieuses et les personnes confessantes peuvent très difficilement agir librement. Par exemple, il est impossible aux organisations religieuses qui ne sont pas enregistrées de louer un terrain à l’État et d’y construire un bâtiment – il n’y a pas de propriété privée au Vietnam et tous les terrains appartiennent à l’État.

Cette situation devrait changer à partir du 1er janvier 2018, avec la mise en application de la loi sur les croyances et la religion, adoptée en novembre 2016 : désormais les organisations religieuses devraient pouvoir disposer d’un statut légal les dispensant de s’enregistrer auprès du gouvernement. Personne ne sait cependant comment cette loi sera appliquée.

De façon générale, l’attitude des dirigeants vietnamiens à l’égard de la religion est très paradoxale parce que, pour ces mêmes dirigeants, la religion est fondamentalement ambivalente. On le comprend très bien en lisant un rapport du parti communiste vietnamien adopté en janvier 2016 et cité par l’observatoire de la liberté religieuse.

Un paragraphe de ce rapport rappelle la politique du gouvernement à l’égard des religions : « Nous allons faire attention aux organisations religieuses et nous faciliterons la pratique de leurs religions (…) En même temps, nous allons prendre des initiatives en matière de prévention (…) des religions trompeuses qui provoquent la séparation et endommagent le grand bloc de l’union nationale. »

Depuis 1990, le parti communiste vietnamien a abandonné l’attitude orthodoxe du marxisme-léninisme à l’égard de la religion : celle-ci est même considérée comme un élément positif de la culture traditionnelle. Cependant, parce qu’elle peut dissoudre l’unité nationale, elle peut devenir une menace pour le parti unique qui dirige le pays.

La situation s’est dégradée depuis quelques mois : plusieurs personnes ont été arrêtées, dont Nguyên Van Oai, jeune protestant originaire de Vinh (au nord du pays), qui fut prisonnier politique de 2011 à 2015 et qui a été à nouveau arrêté le 19 janvier. De façon générale, l’application de la liberté religieuse dépend beaucoup des autorités locales : c’est le cas d’une école pour sourds-muets dans le diocèse de My Tho, dont l’exemple était cité par Mgr Kham, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Vietnam, dans l’article sus-cité : « Le gouvernement local l’a autorisée parce que cet institut est utile pour tous, pas seulement pour les catholiques, explique l’évêque. C’est justement parce que le gouvernement, depuis une quarantaine d’années, constate tout le travail social réalisé par l’Église qu’il évolue lentement vers plus de liberté religieuse. »

La main tendue du Vatican

La mise en application de la loi sur les croyances et la religion pourrait être une étape importante dans le rapprochement entre Rome et Hanoï, qui n’entretiennent aujourd’hui aucune relation diplomatique. En octobre 2016, un groupe de travail Vatican-Vietnam s’était réuni pendant deux jours à Rome pour « approfondir et développer les relations bilatérales » entre les deux États.

Si les rencontres fréquentes permettent d’entretenir le dialogue entre les deux parties, elles ne devraient guère transformer de façon radicale la situation : comme l’expliquait Régis Anouilh, le rédacteur en chef de la revue Églises d’Asie, en octobre 2016 au micro de RCF : « Le Vietnam est toujours dirigé par un régime communiste. Et tant que le géant chinois ne changera pas sa position vis-à-vis de l’Église, il y a peu de chance que Hanoï le fasse. »

Par Baptiste Protais - La Croix - 17 Août 2017