ette année, il produira deux films, The Life Of Music coréalisé par Caylee So et In the Shade, un drame fan­tastique sur le traumatisme cambodgien, via 802AD Productions, sa société de production. Dans le même temps, il relance aussi son label de musique KlapYaHandz. Bref, à 46 ans, son année sera encore bien remplie.

Vous êtes très multitâches : musique, films, pubs, graph, design. Quelle est la chose dont vous ne pourriez pas vous passer ?

(Rires) Je dirais deux choses : la musique et les films. L’année dernière, quand je recher­chais des investisseurs, un de mes anciens patrons souhaitait investir dans ma société à la condition que j’arrête la musique. J’ai re­fusé, je ne pouvais pas. Même si j’essayais, je ne pourrais pas. J’adore trop la musique pour ça.

Dans les cinémas à Phnom Penh, la plupart des films sont américains ou internationaux. Pensez-vous que le cinéma cambodgien peut se faire une place face à cette concurrence ?

Oui, je le pense. Encore 70% de la population ne parle pas anglais couramment,donc claire­ment, il y a des opportunités. La concurrence hollywoodienne, thaïlandaise ou coréenne ne me fait pas peur. Bien sûr, il faut s’inspirer de ce qu’ils font, et de ce qui marche. Cependant, pendant l’âge d’or du cinéma cambodgien dans les années soixante, les seuls films que les gens allaient voir étaient cambodgiens. Je pense que les gens ont encore ce réel attache­ment à leur pays. Cela ne m’empêchera pas de faire peut-être plus tard des films en anglais ou en français pour le marché international.

Dans beaucoup d’articles de presse, on vous décrit comme l’espoir qui dynamise le ciné­ma cambodgien, qu’est-ce que cela vous fait ?

Je pense que c’est une histoire de mots. Tout d’abord, je ne suis pas du tout le seul réalisa­teur cambodgien. Il y en a de biens meilleurs que moi, je pense à Davy Chou par exemple. De plus, cela ne me flatte pas, même si ça me fait plaisir. Au Cambodge, il est très facile de faire du buzz et de devenir célèbre car il y a très peu de réalisateurs et de musiciens. Forcément, dès qu’on a un parcours un peu atypique, une tri-culture comme moi et qu’on essaye de faire des choses un peu mieux que les autres, on se fait remarquer. J’essaye de rester humble par rapport à ça car je fais en­core des erreurs : mes deux boites ont quand même dû fermer l’année dernière.

Mais si en parlant de ce que je fais, les jour­nalistes parlent d’une façon différente du Cambodge, alors oui, je suis heureux.

Dans combien de temps pensez-vous que le cinéma cambodgien peut-être rentable ?

En très peu de temps. Il faut juste trouver la bonne formule. C’est cette formule que je vais essayer d’appliquer : faire des films moins chers, avec la même qualité qu’avant. Il est vrai que nous avons cependant un désa­vantage : le marché est très petit. Quand j’ai réalisé mon premier film, il n’y avait que deux cinémas au Cambodge, aujourd’hui, il y en a sept, alors c’est compliqué de faire du profit ! J’ai tout de même l’espoir que dans quelques années, on revive un nouvel âge doré du ciné­ma cambodgien.


De Aulnay-sous-bois à Phnom Penh-sur-Mékong

En 1975, deux mois avant la prise du pouvoir par les Khmers rouges, Sok Visal, né au Cambodge, quitte le pays avec sa famille. « Mon père, lieutenant à l’époque sentait que les Khmers rouges gagnaient du terrain », nous confie-t-il. Il débarque en France en 1976 et y mène une vie qu’il qualifie d’«atypique».

Un BEP de secrétariat en poche, il «entre dans le hip-hop» et a «plusieurs problèmes avec la police». Sa mère l’envoie alors aux États-Unis. « Dans cette cité près de Boston, j’ai eu mes premiers contacts avec une communauté cambodgienne », nous explique-t-il. Après une année de High School, et une autre de Liberal Arts en FAC, il rentre au Cambodge. De 1993 aux années 2000, il y fait une « redécouverte du Cambodge et des locaux ».

D’assistant administratif à l’armée pour 16$ par mois, il devient superviseur de maintenance chez Total. « J’ai fait toutes les ouvertures de stations en province. Pour moi, c’était vraiment l’aventure », nous détaille-t-il heureux. Sans aucune expérience, il est promu responsable du marketing. « Je faisais tout : des publicités aux cartes de fidélité. Je me débrouillais à la main».

En 2001, après son mariage et un séjour dans une pagode, il apprend le design et le montage et commence à travailler pour des agences de publicité, en tant que directeur artistique. En parallèle, il sort ses premiers albums et crée son label. En 2009, il ouvre sa boite de production, sort en 2013 son premier long-métrage, Kroab Pich puis un second film en 2016, Poppy Goes to Hollywood. Ces deux films salués par la presse peinent à être rentables. « Pour 90.000$ de budget pour le deuxième film, nous n’avons fait que 40.000$ de recettes », nous explique-t-il. Il est alors contraint de fermer son label et sa société de production en 2016. Ce break lui permet de réfléchir à sa vie, et de profiter de sa famille. En 2017, il « recommence à zéro » et rouvre ses deux sociétés avec des nouveaux investisseurs et une toute nouvelle équipe. « Ça va mieux, on galère encore un peu mais on est parti sur du long terme », conclut-il.

Lepetitjournal.com/cambodge - 18 août 2017