Le gouvernement cambodgien réclame au quotidien The Cambodia Daily environ 5 millions d’euros, un arriéré de taxes et d’impôts non versés, selon les services des impôts cambodgiens. À défaut de versement avant le 4 septembre, le journal pourrait être fermé, et ses biens saisis.

“Le gouvernement a calé une date pour l’exécution de la liberté de la presse”, a réagi le 21 août Douglas Steele, le directeur du journal, dans les colonnes de son titre. “Nous continuerons jusqu’à ce qu’ils appuient sur la gâchette.”

“La pression sur les ONG et plusieurs médias s’est renforcée depuis un conseil des Ministres du 5 août durant lequel le Premier ministre Hun Sen a ordonné que soient conduites des enquêtes sur les impôts et taxes des ONG,” poursuit le quotidien, connu notamment pour ses enquêtes sans concession vis-à-vis du népotisme qui caractérise le régime cambodgien.

Poil à gratter du gouvernement depuis vingt-six ans

Voice of America et Radio Free Asia se voient également réclamés des arriérés de taxes et d’impôts.

The Cambodia Daily a été fondé en 1993 par Bernard Krisher, un ancien journaliste américain, sous la forme d’une ONG, dans le but de servir de lieu de formation pour les journalistes cambodgiens. Publié en anglais, avec une section en khmer, il a contribué à asseoir un espace de liberté d’expression dans un pays qui sortait de décennies de guerre. La presse en khmer demeure de manière générale très docile vis-à-vis du régime d’Hun Sen.

En avril dernier, le journal est passé du statut d’ONG à celui d’une société commerciale, explique le journal. Dans le même temps, Deborah Krisher-Steele, la fille du fondateur, a racheté à son père une partie des biens du Cambodia Daily.

Deborah Krisher-Steele explique que le journal n’a reçu aucun avertissement avant de se voir présenter ce qu’elle appelle un “faux avis d’imposition”. Selon elle, le processus “vise à intimider et à harceler The Cambodia Daily et ceux qui osent dire la vérité”.

Courrier International - 22 Août 2017