Un jeune militaire français faisant partie des troupes envoyées en Indochine en 1945 pour lutter contre les Japonais puis, surtout, après la défaite du Japon, contre la guérilla vietminh, découvre la réalité et l’inhumanité de la guerre coloniale. Il s’enfuit dans la jungle avec une jeune prisonnière. Ils deviendront amants et rejoindront une troupe de maquisards affrontant l’armée française. Dans cette histoire de désertion et de relation amoureuse, construite sur la prise de conscience laborieuse de l’homme et les certitudes idéologiques de la femme, le spectateur est sûr de ne pas se perdre.

Cartes postales filmées

Lors d’une première partie, des dialogues sans ambiguïté et d’une assez grande naïveté, assènent pesamment les motivations des deux principaux personnages. Une seconde partie décrit ensuite, sous forme de cartes postales filmées, la découverte d’un paradis perdu au cœur de la jungle et au milieu de paysages sublimes, où leur relation prend tout à la fois un aspect romantique et sexuellement torride. La dernière partie, enfin, avec l’engagement désespéré du héros, effleure une dimension tragique qui manquait jusque-là.

Le goût évident du réalisateur, confirmé par ses précédentes collaborations aux films de Rachid Bouchareb comme scénariste (Indigènes, Hors-la-loi), pour l’envers de l’Histoire de la France du XXe siècle, ne s’accompagne pas vraiment de subtilités.

Film français d’Olivier Lorelle. Avec Cyril Descours, Audrey Giacomini (1 h 31). Sur le Web : www.jour2fete.com/distribution/ciel-rouge

Par Jean-François Rauger - Le Monde - 23 Août 2017


«Ciel rouge» et balles perdues

Le premier film d’Olivier Lorelle narre sans inspiration une liaison amoureuse en pleine guerre d’Indochine.

Autant laisser la parole à l’auteur. Le premier film d’Olivier Lorelle après une carrière de scénariste (notamment Indigènes, de Rachid Bouchareb) a été tourné au Vietnam et se passe en 1946. Le dossier proposé à l’usage de la presse rapporte ses propos : «Pour Ciel rouge,je suis parti du désir de raconter une histoire d’amour impossible dans une guerre.

Le point de départ a été : un soldat, fasciné par le courage mystérieux d’une ennemie, va s’enfuir avec elle. Il me fallait donc une guerre, entre deux ennemis de cultures différentes. Et je voulais d’emblée une guerre, non pas avec des armées et un front, mais quelque chose où les soldats perdent leurs repères dans un pays qui les engloutit. Cela existait pendant la guerre d’Indochine, ils appelaient même ça la "jaunite".» Une fois sa guerre choisie, et l’histoire des hommes prise comme pur décor pour la fiction, suivront les grandes lignes de la bluette qui s’y déroule : «L’hypothèse, c’est qu’aimer signifie désirer quelque chose que l’autre possède et qu’on n’a pas. Dans un premier temps, Thi connaît la jungle, Philippe est perdu. Elle le domine à ce moment-là. Puis il prend le dessus, il la déshabille littéralement, elle se retrouve à nu… Dans ce second temps, elle devient poreuse à lui.» Comment a-t-il dirigé cette audacieuse ode à l’hétérosexualité ? «Nous avions répété les scènes avec les deux acteurs dans un théâtre à Hanoï. Puis nous les avons lâchés dans la jungle avec, à leurs trousses, les deux chefs opérateurs.»

Cette partie de chasse, quoiqu’elle se finisse effectivement en massacre, semble pourtant ne pas avoir été politiquement de tout repos : «Montrer un soldat français qui tire sur des Français, "ce n’est pas possible", nous a-t-on dit en substance. Et puis le film s’est heurté à un roc : on nous renvoyait toujours que les films sur la guerre d’Algérie ne marchaient pas, que ces thématiques de repentance n’intéressaient pas les Français. Enfin, concernant plus spécifiquement la production de films aujourd’hui, les films historiques n’intéressent pas. Or, j’avais envie d’une histoire d’amour à qui l’histoire donne une grandeur. La guerre d’Indochine portait un idéal.»

Qu’on se rassure, il parle de l’idéal du Vietminh et non de celui de l’armée coloniale. Cela n’évite pas à son film d’être ce recueil d’images d’Epinal stupides, liées par fondus enchaînés, qu’il semble avoir lui-même voulu : une réussite.

Par Luc Chessel - Libérration - 22 Août 2017