C’est un tournant qui menace de faire entrer le Cambodge dans une nouvelle période de répression. Dans son éditorial, THE CAMBODIA DAILY s'inquiète ce matin de la nouvelle ruade du gouvernement à son encontre. Hier, le ministère des finances a décidé, en effet, de porter un peu plus haut encore ses accusations contre le journal. Le service des impôts le soupçonne d'évasion fiscale et lui réclame un versement de plus de 6 millions de dollars avant lundi prochain, faute de quoi le journal pourrait être fermé. Une facture que conteste, bien évidemment, le quotidien qui prend soin de rappeler que la répression du gouvernement contre les médias a déjà été condamnée par de très nombreux observateurs internationaux qui, tous, laissent entendre que les autorités cherchent à purger les médias, en particulier les plus critiques. Et lorsqu'on sait combien THE CAMBODIA DAILY s'est fait remarquer pour ses enquêtes, sans concession, sur le népotisme qui caractérise le régime cambodgien, on a vite fait de comprendre d'où vient le harcèlement dont il fait désormais l'objet.

Aussitôt, de nombreux journalistes ont décidé de se mobiliser sur les réseaux sociaux, sous le mot-clé #SaveTheDaily. En particulier, l'ex rédactrice en chef, récompensée l'an dernier par un prix Pulitzer, évoque «un coup terrible porté à la liberté de la presse». Car ce journal n'est, malheureusement, pas le seul média à faire les frais de cette véritable purge. Les radios Voice of America (VOA) et Radio Free Asia (RFA) se voient, également, réclamer des arriérés d’impôts. Enfin dernier exemple en date, la semaine dernière, une station de radio locale (où le principal parti d’opposition disposait à l'antenne d’une émission) a été contrainte de cesser d’émettre, à la suite d'une injonction du ministère de l’Information. Pour un journaliste cité par THE PHNOM PENH POST, repéré par le Courrier International, les attaques actuelles du gouvernement sont à mettre directement en relation avec les élections législatives qui se tiendront l'an prochain. Par son ultime combat contre la société civile, le Premier Ministre Hun Sen (en poste depuis plus de 30 ans) tente ainsi de maîtriser l’espace public et de neutraliser toute velléité d'opposition.

Par Thomas Cluzel - Radio France Culture - 30 Août 2017