Un procès-fleuve vient de s'ouvrir au Vietnam : 51 personnes poursuivies et 700 témoins attendus. Tous les prévenus ont travaillé pour le même établissement bancaire, Ocean Bank, en partie détenu par le plus grand groupe pétrolier du pays, la société d’Etat PetroVietnam.

On reproche à l’ancien président de la banque - l’un des hommes les plus riches du pays à l’époque -, ainsi qu’à ses associés, d’avoir accordé des prêts d’un montant total de 23 millions de dollars à un autre établissement bancaire, dont l’ancien dirigeant vient quant à lui d’être condamné à 30 années de prison.

Le prêt s’est révélé toxique, causant des pertes immenses et, in fine, la banqueroute de la banque. On soupçonne les prévenus d’enrichissement personnel et de ne pas avoir respecté la législation en vigueur.

Un coup de billard à plusieurs bandes pour les autorités ?

Pour le gouvernement, il s’agit de montrer à la population sa détermination à lutter contre la corruption. Le procès, très médiatique, a été largement repris par les médias vietnamiens qui sont, rappelons-le, étroitement contrôlés par les autorités.

Au-delà de la lutte contre la corruption, il s’agit également pour le gouvernement d’envoyer un message fort aux élites économiques. Car le rapide développement du pays depuis 30 ans a abouti à l’émergence d’une classe moyenne, certes, mais également d’une élite très riche qui concentre le pouvoir économique.

Ce procès est aussi un rappel à l’ordre : nul n’est à l’abri de possibles sanctions du Parti communiste, qui réaffirme ainsi son autorité. Mais à la marge, les procès contre la corruption peuvent enfin servir à éliminer de potentiels rivaux politiques.

L'illustration d'une économie vietnamienne à deux vitesse

La question est de savoir si ce procès va avoir ou non un impact dans le secteur bancaire. Il est clair que la sévérité des peines - les prévenus encourent la peine de mort et des peines de prison très lourdes, jusqu’à 30 ans de réclusion - est un très sérieux avertissement.

Il s’agit également, pour les autorités, d’assainir un secteur qui est l’un des talons d’Achille de l’économie vietnamienne. Car au-delà des chiffres de la croissance, actuellement entre 6 et 7 %, l’économie vietnamienne reste à deux vitesses.

D’un côté, des entreprises à capitaux étrangers en forte croissance. De l’autre, des sociétés publiques très endettées et peu rentables. Or, le problème, c’est que les banques sont très exposées à ces entreprises publiques. Et ça, c’est un vrai risque pour le pays.

Par Frédéric Noir - Radio France Internationale - 31 Août 2017