"Le pouvoir de la taxe est le pouvoir de détruire. Et après 24 ans, un mois et 15 jours, le gouvernement cambodgien a détruit The Cambodia Daily, qui représentait une branche spéciale et singulière de la presse libre au Cambodge", a déclaré le journal dans un communiqué.

L'édition de lundi sera donc la dernière du titre, a-t-il précisé, estimant être victime d'une attaque politique. Le gouvernement lui réclamait 6,3 millions de dollars d'impôts, un chiffre qui ne tient absolument pas compte de ses comptes d'après le journal.

Dans l'un des derniers éditos, la semaine dernière, le journal avait estimé qu'il s'agissait d'un "tournant qui menace de faire entrer le Cambodge dans une nouvelle période de répression".

Cette annonce est intervenue quelques heures après celle de l'arrestation du chef de l'opposition, Kem Sokha, pour trahison.

"C'est une journée sombre pour la liberté de la presse au Cambodge", a déclaré à l'AFP la rédactrice en chef Jodie DeJonge dimanche.

"Nous ne pouvons pas croire que lundi matin, nous ne viendrons pas pour sortir un autre journal. C'est une perte énorme", a-t-elle ajouté.

Publié en anglais mais avec quelques articles en khmer, le Cambodge Daily a été mis en place en 1993 par le journaliste américain Bernard Krisher.

Ce dernier avait vendu le titre à sa fille Deborah Krisher-Steele en avril.

"Ils veulent nous apprendre la transparence. Mais quand ils ne payent pas leur impôts et que nous leur demandons de partir, ils nous traitent de dictateur", s'est énervé Hun Sen dimanche après l'annonce de la fermeture du journal.

La semaine dernière, les Etats-Unis avaient exprimé leur "profonde préoccupation" concernant l'état de la démocratie cambodgienne après le renvoi d'une ONG américaine et des menaces de fermeture de plusieurs journaux indépendants.

D'autres titres sont en effet menacés par la vague de répression lancée par le Premier ministre.

Des mesures fiscales ont également été annoncées par le gouvernement contre Radio Free Asia et Voice of America financées par les Etats-Unis, qui affirment de leurs côtés respecter les lois locales.

Agence France Presse - 3 septembre 2017