Les autorités du pays avaient forcé au même moment les organisations humanitaires de l’ONU à quitter la région. Elles devaient pouvoir y retourner ce jeudi 28 septembre, mais seulement pour une journée.

Cette visite des ONG est « organisée par le gouvernement » birman, selon les mots du porte-parole de l’ONU. Les Nations unies réclament depuis des semaines un accès humanitaire à la zone, interdite aux ONG et à la presse. L'ONU espère que cette visite sera un « premier pas vers un accès beaucoup plus libre et large ». L'objectif est en tous cas que les travailleurs humanitaires puissent au moins évaluer la situation.

Mais une première visite organisée mercredi pour la presse par l’armée birmane ne concernait que le village de Ye Baw Kyaw, où les militaires affirment avoir découvert une fosse commune contenant des dizaines de corps d’Hindous tués selon eux par des rebelles musulmans rohingyas. Les autorités birmanes insistent sur les violences qui auraient été commises par les rebelles et passent sous silence celles qui auraient été commises par l’armée. Des violences qui ont mené quelque 500 000 musulmans rohingyas à quitter le pays pour le Bangladesh.

Nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l’ONU

C'est la troisième réunion du Conseil de sécurité de l'ONU en un mois sur la situation des Rohingyas. Cette fois, la réunion est publique et le secrétaire général Antonio Guterres va prendre la parole. Il connaît bien l’Etat de l’Arakan, pour s'y être rendu plusieurs fois lorsqu’il était haut commissaire aux réfugiés de l’ONU. La semaine dernière, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, il avait déjà demandé la fin des opérations militaires et un accès humanitaire sans restrictions.

Lors de cette Assemblée générale, la Birmanie avait été très critiquée. Il y avait été question d’épuration ethnique, voire de génocide - terme utilisé par le président français Emmanuel Macron. Jusqu'ici, le seul moyen de savoir ce qui se passe dans la région, ce sont les témoignages de réfugiés : Naypyidaw n'a toujours pas autorisé les enquêteurs de l’ONU missionnés en mars dernier à se rendre dans l'Etat de l'Arakan.

Radio France Internationale - 28 Septembre 2017


Rohingyas : la Birmanie reporte la visite de l’ONU dans l’État Rakhine

Le gouvernement birman a reporté de quelques jours, pour cause de mauvais temps, la première visite de représentants de l’ONU dans la zone de violence du pays.

Voyage organisé dans l’État Rakhine

La Birmanie reporté de quelques jours la première visite de représentants de l’ONU dans le nord de l’État Rakhine, théâtre de violences depuis un mois, ont annoncé les Nations unies jeudi 28 septembre.

Depuis août, cette région de l’ouest du pays est le théâtre de violences qui ont fait fuir 500 000 musulmans Rohingyas vers le Bangladesh voisin.

« Il y aura un voyage organisé par le gouvernement probablement jeudi vers Rakhine », avait annoncé mercredi 27 septembre le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric. « C’est un premier pas, il y aura des chefs d’agences de l’ONU qui vont y participer. Mais nous espérons surtout que c’est un premier pas vers un accès beaucoup plus libre et large dans la zone », a-t-il ajouté.

La visite prévue jeudi 28 septembre devait survenir le jour d’une nouvelle réunion à New York du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la Birmanie, réclamée par sept pays dont la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Aung San Suu Kyi « prête » à organiser le retour des Rohingyas

Déjà, le 13 septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU avait réclamé à la Birmanie « des mesures immédiates » pour faire cesser une « violence excessive » dans l’ouest du pays contre les Rohingyas, à l’issue d’une réunion à huis clos sur l’exode de cette minorité et les violences exercées contre elle. Le Conseil avait aussi exhorté « le gouvernement birman à faciliter l’aide humanitaire dans l’État Rakhine ».

Jeudi 28 septembre, la réunion du Conseil de sécurité devait être publique et donner lieu à une intervention du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Il connaît bien l’État Rakhine pour s’y être rendu plusieurs fois sous ses précédentes fonctions de haut-commissaire aux réfugiés de l’ONU.

Il y a une semaine, alors que son pays était accusé lors de l’Assemblée générale de l’ONU d’épuration ethnique, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi était sortie de sa réserve pour se dire « prête » à organiser le retour des Rohingyas.

Depuis fin août, l’ONU a réclamé à plusieurs reprises un accès humanitaire à l’État Rakhine. Présentes dans la capitale Rangoun, les organisations humanitaires de l’ONU avaient dû quitter cet été l’État Rakhine, alors que l’armée birmane engageait des opérations militaires contre des rebelles Rohingyas.

Le geste des autorités birmanes reste limité à un « voyage organisé », mais il pourrait permettre aux responsables humanitaires d’évaluer la situation. Selon diverses sources, des villages ont été brûlés par l’armée birmane. Celle-ci a aussi posé des mines le long de la frontière pour empêcher tout retour des Rohingyas.

Fosses communes montrées par les militaires

Mercredi 27 septembre, les militaires, critiqués pour leur bouclage médiatique de la campagne autour de la ville de Maungdaw, ont organisé une visite de quelques heures pour la presse dans le village hindou de Ye Baw Kyaw, dans la zone de Kha Maung Seik.

Les autorités birmanes y poursuivent des recherches sur des fosses communes. 52 corps ont été retrouvés, selon le gouvernement birman. L’armée assure que ce sont des villageois hindous tués par des rebelles musulmans rohingyas fin août.

Le groupe ARSA (Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan) a « catégoriquement démenti » mercredi 27 septembre ces accusations.

Le fait que des villages hindous et bouddhistes aient aussi été victimes de violences est mis en avant par les autorités birmanes. Elles dénoncent le parti pris pro-rohingyas de la communauté internationale.

Par Pierre Cochez - La Croix - 28 septembre 2017