La tension est très forte dans ce pays d'Asie du Sud-Est depuis des mois mais la crise s'est encore approfondie début septembre avec la mise en examen de Kem Sokha, le chef de l'opposition, pour "trahison et espionnage", passibles de 30 ans de prison.

Le pays doit organiser en juillet 2018 des législatives et l'opposition ainsi que les défenseurs des droits de l'Homme accusent Hun Sen de vouloir se débarrasser de ses opposants.

"Plus de 20 députés, qui avaient peur, ont quitté le pays", a déclaré à l'AFP Mao Monyvann, député du principal parti d'opposition, le Cambodge National Rescue Party (CNRP).

Mardi, ce parti a perdu l'une de ses députés les plus actives: Mu Sochua. "Après avoir reçu un avertissement, elle a décidé de quitter le pays", a-t-il expliqué ajoutant qu'elle avait été prévenue par un fonctionnaire de son arrestation imminente.

La semaine dernière, l'envoyé des Nations Unies pour les droits de l'homme au Cambodge a averti que le pays semblait aller droit dans le "précipice".

"Si tous les dirigeants clés du CNRP sont expulsés du pays à cause de fausses allégations, ou de leur implication dans une sorte de révolution imaginaire contre le gouvernement, cela signifie effectivement la mort de la démocratie cambodgienne", a estimé Phil Robertson de Human Rights Watch.

Ce dernier estime que dans ces circonstances, "les élections de 2018 ne seront ni libres ni justes" et qu'il faudrait réfléchir "à des mesures punitives" contre le parti d'Hun Sen.

A 65 ans, l'homme fort du Cambodge depuis 32 ans, est déterminé à rester en place. Sont du coup dans le collimateur de Phnom Penh les médias ou ONG considérés comme de possibles leviers de mobilisation de l'opinion publique.

Ces dernières années, le Cambodge est devenu l'une des économies les plus performantes d'Asie du Sud-Est. Mais la colère monte parmi la population et surtout les jeunes, lassés de la corruption et de l'accaparement des richesses par une élite proche de Hun Sen.

Agence France Presse - 4 octobre 2017


Cambodge : l'opposante Mu Sochua contrainte de quitter le pays

Menacée d’arrestation imminente par le Premier ministre Hun Sen, la vice-présidente du principal parti d’opposition au Cambodge, Mu Sochua, a dû fuir le Cambodge ce mardi 3 octobre.

Mu Sochua, vice-présidente du Parti du sauvetage nationale du Cambodge, a été forcée de partir précipitamment du pays, après avoir été informée de son arrestation imminente à cause de ses discours très critiques vis-à-vis du Premier ministre Hun Sen. Ces menaces interviennent alors que le régime de Hun Sen devient de plus en plus autocratique à l’approche des élections nationales de l’an prochain.

« Je ne veux pas perdre ma voix, parce que c’est une voix qu’on doit ajouter à d’autres voix. Et si je suis capturée, cette voix-là sera perdue pour la démocratie, explique Mu Sochua rencontrée par RFI en transit à Bangkok. Je n’ai pas l’intention de rester en prison. Mais je veux mettre l’accent sur les élections justes, crédibles et équitables, parce que sans ces conditions-là, ce seraient des élections pour légitimer le pouvoir de Hun Sen. Ce serait le suicide de l’opposition au Cambodge, et aussi la fin de la démocratie. »

Depuis ce tour de vis du pouvoir en place, 25 députés de l’opposition ont quitté le pays. Le leader de l’opposition Kem Sokha est emprisonné sur la base d’accusations douteuses de « complot ». Jamais la démocratie au Cambodge n’a été aussi menacée depuis les accords de paix de 1991.

Par Arnaud Dubus - Radio France Internationale - 5 octobre 2017